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lundi 27 juin 2005

L’ahidus

Si un jour, vos pas vous mènent dans le Maroc central, lors d’un de vos passages dans l’un des nombreux villages qui parsèment les plaines verdoyantes de cette région, tendez l’oreille lorsque la nuit tombe.

La nuit, dans ces régions calmes, vit.
On entend son coeur, rythmé par des mains d’hommes battant un tallunt (tambourin) accompagnées de leurs voix graves auxquelles les voix plus aigues des femmes répondent. Vous vous réjouirez de cette ambiance particulière si vous surplombez la vallée.

Les Imazighen peuplant ces régions ont trouvé dans cette danse accompagnée de chants une forme d’expression complète et vivante. Tous se réjouissent, chaque soir, de l’instant où ils pourront s’exprimer, entre eux, librement.

Toutes les occasions sont bonnes pour danser ahidus. Les danseurs sont en cercle ou sur deux rangs se faisant face, étroitement serrés, épaule contre épaule.

Les danseurs frappent en rythme dans les mains et certains hommes cadencent grâce au tallunt. Les mouvements des danseurs vont tous dans le même sens : pas après pas, les participants font deux "colonnes" soudées qui s’ébranlent vers la droite et tournent dans le sens contraire des aiguilles d’une montre.

Cet ensemble soudé dans le mouvement est très caractéristique de la mentalité tamazight.

En général, ce sont les hommes qui psalmodient des phrases, reprises juste après par les femmes. Ahidus est un espace privilégié réservé aux "joutes" poétiques.

Extrait de Musiques et Sociétés berbères - Awal Lyon Les Découvertes Berbères Auditorium de Lyon mai 1997

L’ahidus est la danse des Berbères ayant en commun le parler tamazight, qui peuplent le Moyen-Atlas, le Haut- Atlas Oriental et certaines plaines environnantes. Tout au long de la saison d’été, les fêtes appellent les jeunes et les professionnels qui viennent munis de leur tambour bendir, à la recherche de l’ahidus. La forme de l’ahidus prend l’allure suivante : un appel, un chant solo appelé tamawayt exécuté par un chanteur ayant une voix forte aigue ; une phase lente sur un rythme à cinq battements ; une phase modérée avec des rythmes binaires suivie d’une phase rapide avec, aussi, des rythmes binaires ; une phase rapide faite sur des rythmes ternaires caractéristiques.

La tamawayt est souvent un appel à l’amour, à la guerre ou à la paix. Elle traite les sujets généraux relatifs à la condition humaine. Par ailleurs, elles est l’instrument de communication entre les villageois, que ce soit lors de la danse ahidus, dans les champs ou pendant le travail. Ahmed Aydoun écrit : On raconte que l’ahidus prend sa source dans le paganisme antéislamique, qu’elle est une survivance des anciens rites d’adoration de la terre et du soleil, ou encore qu’elle dérive des cultes grecs de Dionysos. Certes, comme toutes les danses, elle heurte l’orthodoxie de l’Islam, mais sa continuité n’est pas due à la survie du paganisme. S’il fallait donner une explication, ce serait en soulignant son rôle dans la cohésion tribale.


Altier et fier que l’Ahidus, chant et danse lancinants et mystérieux venus du fond des âges. Et cet alignement des danseurs/danseuses qui pour moi évoque cette majestueuse chaîne de l’Atlas qui court sans fléchir de l’Atlantique à la Méditerranée centrale, un Ahidus grandeur Nature où les vents qui jouent entre les sommets se font psalmodies Berbères.


source et photos de cet article:

http://www.kabyle.com/article.php?id_article=2778

Posté par Zighcult à 01:31 - Musique berbère - Permalien [#]