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lundi 4 juillet 2005

Cherif Hadria (2) Album Djezaïr

Né en 59 dans un quartier populaire d'Oran. Dans une famille plutôt aisée mais très traditionnelle.
Éducation bâclée car j'entre à l'école au moment de l'islamisation et de l'arabisation de l'enseignement...Jusque-là l'éducation était confiée à des coopérants français et des enseignants algériens. Du jour au lendemain, le pays, (et les écoles) a été envahi de frère musulmans venus d'Égypte ou d'ailleurs qui ont dispensé une éducation rigide, limitée et anti-occidentale. Du bourrage de crane qui au mieux n'intéressait pas l'élève (comme moi qui était devenu rapidement champion d'école buissonnière), ou au pire commençait à construire la société divisée, celle de la guerre civile que l'on connaît actuellement.

Donc l'école de la rue, et musique dans la rue.
A 14 ans, je joue bien de la derbouka, mon père a cassé ma guitare...
On me demande de plus en plus souvent de chanter, partout, dans les fêtes, les mariages...
Un peu plus grand je vais travailler quelques mois dans un cabaret d'Alger;, le raï commence, les première cassettes, mais il est hors de question que j'enregistre ou que je continue cette vie de cabaret. Donc je ne tente même pas une carrière, laisse tomber toutes les propositions et me rabats sur le foot.
Je fais monter la petite équipe locale dont je suis capitaine et défenseur, et même vice-président, en 2° division. Mais le foot déplait aussi à mon père ! Et d'ailleurs, m^me à un petit niveau d'une équipe de province, il y a tellement de magouilles, que même moi je finirai par être dégoûté.

Service militaire, 2 ans dans le Sahara. On me met à la tour de contrôle. Une catastrophe. rapidement, je crée un groupe avec 3 musiciens et nous devenons les privilégiés du régiment. deux années très sympas finalement malgré un entraînement militaire incroyablement rude. Le groupe est bon, nous sommes invités partout, même par la nomenklatura russe qui sévissait à l'époque en Algérie. (Les Russes sont dans le pays pour "organiser" l'armée, la médecine et d'autre secteurs de coopération). On se fait courtiser par les femmes désœuvrées des officiers rusées ! Mais le retour est rude. je laisse tomber la musique, je bosse avec mon père, me marie et continue de chanter dans les mariages Per Gusto, pour la plaisir.
Jusqu'au jour où je craque, à 30 ans, et part vivre en France.

Je découvre le racisme anti-arabe mais aussi un pays; j'aime la Bretagne la Pays Basque, la Provence, je ne cesse de découvrir toujours plus de coins différents et encore plus beaux. L'autre jour Besançon ou la Corse. Incroyable. Et maintenant ma vie est ici. Il y a ma femme, mon fils et mon boulot.

Mon premier boulot, c'est un ami décorateur-metteur en scène de théâtre, Dominique Colladent, qui me l'a donné. Je devait chanter a cappella dans l'Othello de Shakespeare (monté par le Théâtre de la Chamaille à Nantes dans un gigantesque hangar à Bateau). je devait chanter un chant triste à la fin de la pièce, tout le monde est mort à la fin de la pièce. Accompagné par un orchestre contemporain de percussions. assez insensé comme expérience mais le spectacle a eu un énorme succès (pendant le festival des allumés) et cette première expérience avec toute une troupe d'acteur, m'a apporté beaucoup. Je ne parlais presque pas français, il fallait que je me débrouille. Les gens étaient merveilleux avec moi. J'était totalement paumé je ne savais même pas qui était Shakespeare. Je disait  "J'expire"...

Puis très vite ici j'ai rencontré Arthur Simon. On a longtemps travaillé dans le garage de ses parents pour se trouver, s'accorder. Et grâce à des amis, à ma femme, on a eu très vite l'occasion de faire quelques télés, des musiques de films. ce qui nous a donné confiance, et personnellement m'a inspiré plein de morceaux. cette confiance de gens comme Bertrand Blier ou Isy Morgensztern chez ARTE, me donnait des ailes.
Le groupe s'est créé petit à petit et à très vite commencé à tourner, puis il y a eu un disque enregistré à la va-vite, produit par nous même ( ma femme et moi). Mais les tournées marchait fort, les festival de jazz, de world, un peu tout, ça n'arrêtait pas, on a été partout, Canada, Brésil, Allemagne, Espagne, etc.

Et puis d'autres musiques de films, d'autres aventures comme une collaboration avec Steve Coleman dans le cadre de banlieux bleues, où une télé avec Christophe où on a repris ensemble les "mots bleus".

Mais tout ça sans, plan sans projet. On a failli enregistrer plusieurs fois d'autres albums, je ne sais même plus pourquoi ça ne se faisait pas. "Djezair" était mûr depuis longtemps, on avait même beaucoup trop de morceaux, c'était dur de choisir, d'autant qu'en route, dans le studio, on a créé 2 ou 3 nouveaux titres.

C'est un album, je dirait, oriental. Pas spécialement algérien. il y a des influences de partout, beaucoup du Maroc, mais aussi de Tunisie, moyen Orient. Les paroles sont abominablement tristes, même sur les morceaux où l'on a envie de danser, mais c'est un peu une tradition chez nous. comme le rappelle justement mon copain Maneval, l'arabe c'est la langue des larmes !

Deux éléments importants se sont ajouté au groupe pour ce disque. c'est Mustapha Mataoui, clavier, pianiste, qui a un incroyable talent, une immense culture musicale. il travaille avec Mami. j'espère faire plus avec lui, lui donner une place plus grande sur le prochain album. Et aussi Thierry Robin qui un homme-guitare, il a un son, une créativité, une disponibilité , incroyable aussi.

Avec Jean Claude Ghrenassia : on ne se connaissait pas du tout, il ne m'avait jamais vu en scène avant qu'on rentre en studio. Il avait écouté des répètes, des maquettes, des concerts et est tombé amoureux du groupe et des musiques. il a mis en avant leur interprétation des morceaux tout en canalisant leur verve créative et impétueuse. j'aimerais faire un autre album avec lui, totalement conçu et arrangé par lui. On a d'autres choses à faire ensemble. il faut absolument écouter un arrangement qu'il a fait de "la petite biche, le loup", chanson de Salvator, chantée par Mami.

La Case B :

Le groupe c'est Arthur Simon (trompette-arrangeur avec moi depuis le début). C'est avec lui que j'ai créé le groupe qui s'appelle depuis quelques semaine La Case B car ils vont signer les arrangements de l'album ( on devait trouver un nom vite fait. mais c'est bien la Case B non ?).

Donc la case B c'est 6 musiciens ceux qui sont là depuis le début ou presque. Le noyau dur du groupe en scène /

Arthur Simon.
Hachemi Bellali, bassiste avec une carrière importante. Travaille avec Idir mais aussi Aït Menguellet, travaillait avec Matoub Lounès, tous les plus grands. C'est l'aîné du groupe et notre sagesse, non pas parce que c'est l'aîné mais parce qu'il est nettement plus zen et plus intelligent que nous tous, enfin que moi en tous cas.
Nicholas Avril, sax, le plus jeune. Il est brillant, il a la force tranquille, il est jovial.
Abdenour Djemaï : Guitariste immense avec une immense culture musicale ; très beau. Grrr
Amar Mohali Djerbouka. une force aussi. Et il se marre tout le temps il est drôle, chaleureux, sans lui ça ne va pas, le groupe.
Hervé Le Bouché, batteur, breton. Hervé est là depuis le début du groupe. il n'avait jamais fait de musique orientale avant de me rencontrer et il est connu maintenant dans le raï et travaille avec Mami, Rimitti, Faudel, Akli etc...

Sources:
http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/B000056KCU

Posté par Zighcult à 00:36 - Musique berbère - Permalien [#]