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lundi 25 juillet 2005

Delacroix au Maroc

Le 11janvier 1832, Eugène Delacroix s'embarque à bord de La Perle amarré en rade de Toulon. Destination : Tanger. Dépêché à la place du peintre Eugène Isabey, qui a decliné l'invitation, il fait partie de l'ambassade extraordinaire envoyée par le roi Louis-Philippe auprès du sultan Moulay Abd Al-Rahman, commandeur des croyants. Cette délégation conduite par le comte de Mornay, ancien gentilhomme de la Chambre de Charles X, se rend dans un pays où les révoltes grondent. Au fil de ce voyage, qui s'achèvera enjuillet 1832 après deux escales en Espagne et à Alger, Delacroix accumule comme autant d'aide-mémoire une somme considérable de notes et de croquis. "Je suis même sûr que la quantité assez notable de renseignements que je rapporterai d'ici ne me servira que médiocrement. Loin du pays où je les trouve, ce sera comme les arbres arrachés à leur sol natal ", écrit le peintre au début de son expédition. L'avenir le dément: de ces carnets naîtront bien des années plus tard quelques unes de ses œuvres maîtresses. En effet, les six mois que Delacroix passe en " Barbarie " laissent une empreinte indélébile sur son esprit " l'aspect de cette contrée restera toujours dans mes yeux, les hommes et les femmes de cette forte race s'agiteront, tant que je vivrai, dans ma mémoire ", note le peintre à son retour.

Au cours de ses longues promenades à cheval dans les environs de Tanger en compagnie de Charles de Mornay, Delacroix s'érmerveille de la beauté d'une nature rude et puissante: "J'éprouve des sensations pareilles à celles que j'avais dans l'enfance. " Craignant d'oublier l'éclat de la lumière et les images foisonnantes qui viennent sans répit ravir sa vue, là le reflet d'une ombre bleue turquoise, ici les scintillements d'une djellaba.

Pour ne pas laisser le temps pâlir la vivacité des couleurs et faire s'éteindre la fièvre et la beauté de cette contrée ...........il passe ses journées à dessiner. Sans relâche, il croque et relève toute la vie qui palpite autour de lui, le plus souvent à l'aquarelle ou au crayon. Enchevêtrements d'esquisses et d'annotations gribouillées : dans ses Carnets, il consigne au jour le jour ses impressions, inscrit minutieusement les couleurs, les architectures, les silhouettes, les attitudes, les itinéraires et toutes les péripéties du voyage et note les plus menus détails. L'animation d'un campement, les lentes caravanes de mulets et de chameaux s'étirant sur les chemins caillouteux, l'allure d'un caftan, les étals colorés des échoppes regorgeant d'épices, les oriflammes et les montures rutilantes harnachées d'or d'un escadron de soldats moghaznis, ou quelques musulmanes enturbannées…

Son guide, un juif, Abraham Benchimol, doit sans cesse le mettre en garde et l'empêcher de dessiner en certains lieux.

À Meknès, où la délégation doit être reçue par le roi du Maroc au début du mois de mars, Delacroix est confronté à l'agressivité de la foule impossible de dessiner d'après la nature, . La jalousie des Maures est extrême ,les femmes vont ordinairement prendre le frais.sur les terrasse " Dans cette ville, il est cependant accueilli dans une petite synagogue pour peindre des juives qui acceptent de poser pour lui. Pour satisfaire aux exigences du peintre, le vice-consul de France, Jacques Denis Delaporte, et Charles de Mornay parviennent même à rassembler dans le plus grand secret quelques Marocaines pour la pose!

D'une curiosité insatiable, au cours de ses déambulations dans les souks et les venelles de Meknès ou de Tanger, Delacroix s'arrête partout pour croquer le visage de quelque soldat nonchalamment accroupi au seuil d'une porte ou, ignorant les coutumes du pays, les silhouettes des marocaines derrière les draperies de leur haïks (voiles).

La grande exposition qu'organise l'Institut du monde arabe à Paris comble un silence de plus de soixante ans.

Depuis 1933, rien n'avait été présenté sur le voyage de Delacroix au Maroc, alors que des documents (et notamment une partie des Carnets de voyage) avaient été retrouvés entre-temps. Croquis, esquisses dessinées ou aquarellées, gravures et peintures (une centaine d'oeuvres au total), fac-similés des pages des Carnets et du journal de Delacroix, breloques et autres objets pittoresques rapportés par l'artiste sont aujourd'hui réunis.

Salon 1845
Sans oublier le clou de l'exposition, la grande toile du musée des Augustins à Toulouse, présentée au Salon de 1845, Le Sultan au Maroc. Un flamboyant déballage pour parvenir à une démonstration limpide : c'est au Maroc que le génie de Delacroix s'est accompli. C'est au pays de la lumière que l'essentiel de son oeuvre lui a été révélé.

"Un tableau de Delacroix , vous pénètre , d'une volupté surnaturelle. Il vous semble qu'une atmosphère magique a marché vers vous et vous enveloppe. Sombre, délicieuse pourtant, lumineuse, mais tranquille, cette impression, qui prend pour toujours sa place dans votre mémoire, prouve le vrai, le parfait coloriste."

a ecrit Charles Baudelaire, Salon de 1845

Son bref passage en terre marocaine aura été pour Delacroix une double révélation : celle de la nature et celle de la lumière.

Mais sans doute peut-on en compter une troisième, plus intérieure cette fois-ci. Apprenant que Paris étant en proie à des émeutes et à une agitation politique, Delacroix n'écrivait-il pas, dans une lettre datée du 5 juillet 1832: " Eh bien! vous vous battez et conspirez; fous ridicules que vous êtes ! Allez au Maroc apprendre la patience et la philosophie". Si Delacroix, que Baudelaire tenait pour " le peintre le plus original des temps anciens et des temps modernes", n'a jamais été le chef de file d'une école picturale, il ne fait pas de doute que son oeuvre annonce les tendances nouvelles de l'art : impressionnisme et art moderne

Tableaux marocains que Delacroix:

La Halte des muletiers (1839),
le Marchand d'oranges (1852-53),
le portrait de l'empereur Abd AlRahman, le Marocain sellant son cheval (1855) ou les
Chevaux à l'abreuvoir (1862).
Qu'il s'agisse de l'animation d'une Noce juive au Maroc (1837-41),
de la délicate mélodie d'une scène de Musiciens juifs de Mogador (1847),
du tourbillonnement frénétique des Comédiens boufffons arabes (1848),

Source: (où l'on trouvera également des reproductions de tableaux marocains de Delacroix)
http://dafina.net/forums/read.php?52,82242

Le joueur d'échecs

Posté par Zighcult à 16:42 - Peintres-Galeries d'art - Permalien [#]