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jeudi 29 septembre 2005

Lounis Aït Menguellet

Sources:http://dzlit.free.fr/aitmengu.html --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le Jeune Indépendant 3 juillet 2003 Aït Menguellet au TNA Un concert en apothéose Le chanteur Aït Menguellet a animé, avant-hier, un concert au théâtre d’Alger. Son arrivée sur scène, après une relative absence, a déclenché une véritable explosion de joie chez le public. Il n’a laissé personne indifférent, ni les jeunes ni la gent féminine venue en force. Par Farouk B. En ouverture, les trois jeunes talentueux chanteurs Saâdia, Rabah Tissilia et Slimane entament la soirée. En l’espace d’une vingtaine de minutes, Aït Menguellet apparaît sur scène, accompagné de son fils, Djaâfar, et de son orchestre. L’assistance scandait fortement Imazighens ! Imazighens ! Lounis qui a l’air à la fois impressionné et satisfait par ce chaleureux accueil, prononce une petite phrase : «Aujourd’hui, je suis venu partager avec vous de meilleurs moments.» Modestement vêtu, il inaugure cette soirée par sa célèbre chanson Ay aghu id yebbyi wadu. Les notes de musique résonnent et le poète d’Ighil Bwammas a séduit ses fans qui n’ont pas cessé de l’applaudir. Brillant dans sa transition d’une chanson à une autre et des arrangements introduits, il a chanté divers thèmes. Le jeu de lumière et la remarquable sonorisation ont conféré à cette soirée une véritable ambiance de fête, à telle enseigne qu’on est tenté de croire qu’Aït Menguellet est un véritable chanteur de scène. En effet, on découvre un homme qui travaille davantage, qui affine et soigne continuellement ses mélodies. Et on retrouve, chez lui, toujours cette simplicité et cette humilité exemplaires. Dans l’intervalle, Djaâfar donne une autre dimension à cette rencontre. D’une voix chaude et veloutée, l’artiste, qui semble s’inscrire sur la voie de son père, ne laisse personne indifférent. C’est sur fond de joie et de sentimentalisme profond qu’Aït Menguellet donne rendez-vous à son public pour aujourd’hui. F. B. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- L'Expression 3 juillet 2003 AÏT MENGUELLET AU TNA Un poète sûr de son art C’est à guichets fermés, dans la liesse et l’euphorie, que notre poète et philosophe s’est produit mardi soir... «Aït Menguellet fait partie de ces artistes qui ne cessent de débusquer la vérité là où elle est la plus comprise. Il jongle avec les mots et tend ses vers comme le funambule sur sa corde. Il n’est jamais plus sérieux qu’au moment où il paraît plaisanter et sa gravité est toujours sur le point de devenir plaisante. Observateur lucide et implacable, le poète porte pourtant en soi, une grande générosité. Il faut dire qu’une flamme ne cesse de brûler en cet homme discret qui donne l’air d’avoir l’âge de son pays», a dit de lui Ahmed Ammour. C’est en assistant à son concert, mardi dernier, au Théâtre national algérien, qu’on a pu effectivement mesurer la profondeur de ses mots. Aït Menguellet, véritable bête de scène, a, durant trois heures, «enflammé» le théâtre. Il s’est produit à guichets fermés. A l’intérieur, la salle s’est transformée en une véritable étuve. Le poète a su donner de la chaleur, déhancher plus d’un dans son corps, ou dans son âme. Répondant au rythme cadencé du tb’el et de la flûte «enchantée», il servira à son fidèle public quelques morceaux choisis de son large répertoire. Les connaisseurs reprenaient en choeur et en applaudissement chacun des refrains. Le TNA a failli s’embraser. Du jamais vu. Une kermesse de folie et de joie. Accompagné de son orchestre et de son fils Djaâfar, qui suit les traces de son père sur la voie de la chanson, Lounis Aït Menguellet mettra le feu à la poudrière du TNA. «Les ârchs sont parmi nous», susurraient certains. Présents dans la salle, des policiers veillaient au grain. Gare aux slogans incendiaires. Même les coins étaient occupés malgré les 750 places que comprend le théâtre. Les admirateurs, en se délectant de ses textes d’amour et d’engagement, se trémoussaient sur sa musique énergiquement saccadée. Le philosophe et poète de la Kabylie a su, encore une fois, émouvoir par la finesse et la subtilité de son langage, le coeur des mélomanes. Aussi, traduire les textes d’Aït Menguellet (Ahmed Ammour) et les mettre en scène (Ahmed Khoudi) n’a pas dû être une sinécure. L’Algérie du poète est une gageure théâtrale qui s’inscrit dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France. Une coproduction entre le Théâtre national algérien et l’Apostrophe, scène nationale de Gergy-Pontoise. L’artiste Lounis Aït Menguellet se produira au TNA jusqu’au 4 juillet. avis aux amateurs. O. HIND ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Liberté 3 juillet 2003 AÏT MENGUELLET AU TNA Tant que le ciel… Par Lyès Bendaoud Le public a attentivement écouté, énormément apprécié, inlassablement applaudi, remarquablement dansé. Bienveillant, le TNA a orgueilleusement fêté l’inévitable et triomphal retour de Lounis Aït Menguellet. En la circonstance, user ainsi et abuser de superlatifs facilite allègrement l’hommage au vieux routier de la chanson kabyle. Ce poète rescapé de la vieille nuit des temps relève, comme toujours, le défi de la scène en y remontant, dans la belle soirée de mardi, l’une des quatre marches qui le remettront une nouvelle fois sur selle. Demain, à la fin de sa quatrième représentation artistique, il aura finalisé l’engagement du retour charnel et gagné la médaille de la pérennité éternelle. Tel un barde propulsé dans l’air obscur du temps, Lounis Aït Menguellet revient avec un best of continuellement remodelé, agréablement amélioré. Comment, après une telle prestation, une telle attente, un chanteur peut-il être déçu ? " Tant que le public est fidèle, je répondrais présent", nous affirme-t-il dans le calme humide du vestiaire. Ce subtil inversement des rôles sied parfaitement au génie modeste de l’homme, jonché sur le sol terni de la musique algérienne, en sauveteur miraculeux de l’art du conte, en critique insatiable des facéties lugubres de la vie. Le public a attentivement écouté, résonnant dans la salle restaurée du mythique théâtre national (TNA), des textes rendus " immortels " par le triste vécu d’un peuple en butte à ses propres défaillances. Il a énormément apprécié la justesse de ses paroles, la beauté de ses poèmes récités par la voix du maître Aït Menguellet. Il a inlassablement applaudi la tenue exceptionnelle de celui qui, jalousement, dignement, légitimement, défend n’avoir " jamais dévié " de sa " trajectoire ", ni de sa " ligne directrice ". Il a applaudi l’ " observateur que l’esprit occupe à faire la synthèse du bien et du mal sans s’aventurer au reniement. " Il a remarquablement dansé au rythme enchanteur des mélodies pures inspirées de la fraîche candeur des montagnes. Debout, bien droit avant de fléchir la jambe droite pour l’appuyer sur un tabouret et installer son mandole, regard fixe et souffle retenu, Aït Menguellet attend passer les clameurs et se taire les acclamations. Attendu, sollicité, il se contente de hocher la tête, sans mot dire. Il prend la température de la salle et, d’un vif détour, fait signe à son complice de rejeton d’alerter la troupe. Djâafar, le flûtiste, l’accompagnateur, coordonne la percussion. Impatient, le foudroyant Saïd Ghezli chauffe son bendir. Le chanteur chasse le trac et se concentre sur les fils de sa " compagne ". Cette " compagne ", fidèle parmi les fidèles, témoin parmi les témoins, à qui il a rendu de beaux hommages, à certains moments de sa carrière. "Reste dans mon giron et berce - moi, que je suis heureux d’être de ceux à qui tu as offert ta générosité, ta faveur, fais-moi donc oublier la peine des jours, restes dans mon giron, nous ne sommes plus que nous deux, dans notre intimité. " Ainsi lui disait-il. Aït Menguellet puise dans les tréfonds de son répertoire et étrenne, flegmatique, les morceaux choisis ; il offre la quintessence de ses plus belles années, aussi éclatantes les unes que les autres de toute façon, à ce public qui, à chaque fois, le " console " et lui " donne la force de continuer ". Ce retour renouvelé parmi les siens a été célébré dans une joie intimiste. Tant que le ciel a besoin des étoiles, les gens auront besoin de l’artiste. Ainsi chante Lounis dont le premier de ses quatre spectacles a rempli le TNA de monde et de bonheur. Et comme il est de coutume, le poète a rouvert ses tiroirs à mots, matraquant les maux et louant les monts. Nostalgie : " Lorsque l’âme n’en pourra plus, nous retournerons au pays ; où voulez-vous qu’on aille ? Là est notre unique refuge. " Retrouvailles : " Je suis comblé, le moment attendu est enfin arrivé ! " Désillusion : "Contes- leur la paix recouvrée, la langue consacrée, la joie retrouvée, l’unité sacrée, l’ouverture réalisée, la démocratie établie. Mais dis -leur de ne rien y croire. " Quarante ans de mensonges, de faux espoirs, pourquoi y croire ? " Vous n’admettez ni le mensonge ni l’injustice ni le déshonneur, pourtant ils sont en vous. " Restent alors, purs, l’amour et l’identité. Purs et personnels ; rudes, riches et émotionnels. Aït Menguellet s’est, bien sûr, rappelé au bon vieux temps, celui de l’innocence et des amourettes. A travers Thaqvaylith, Louisa et Thakhzant (l’armoire) s’ouvre la fenêtre du passé, de la vérité, de l’humilité, de la dignité, de l’identité. L’essentiel, en somme, de ce qui peut rester à un pays, à une nation, à un peuple, à un homme, lorsqu’il a tout perdu. Et lorsque l’art se conjugue à la solidarité, il rehausse la vertu et tue le vice. Et lorsque, encore, il suffit de se priver d’un ticket restaurant pour s’offrir un billet de spectacle (utile), il ne faut certainement pas s’en priver. L. B. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le Jeune Indépendant 1er juillet 2003 Il chantera pendant quatre jours Aït Menguellet dès aujourd’hui au TNA Les 1er, 2, 3 et 4 juillet 2003, le chanteur et poète kabyle Lounis Aït Menguellet sera sur la scène du théâtre national algérien (TNA). Absent depuis de nombreuses années, l’artiste se dit «très heureux» de retrouver son public. Dans une conférence de presse animée hier au siège du TNA, Aït Menguellet, avec un air de satisfaction et de fierté, a tenu à préciser qu’il n’a jamais voulu quitter la scène musicale, mais, ajoute-t-il, les circonstances socio-politiques étaient défavorables pour se produire. Tout en déclarant : «je ne suis pas un chanteur de scène» et «je refuse le mot retour» Aït Menguellet gratifiera ses fans à l’occasion de ces concerts de ses meilleures chansons, nouvelles et anciennes. S’exprimant sur ses projets, il annoncera la préparation d’une série de concerts à l’étranger. Il a évoqué également le lancement de l’album de son fils, Djaâfar, dès la rentrée prochaine, production à laquelle de grands artistes et interprètes ont contribué. L’homme aux moustaches à la turque s’est exprimé aussi sur l’avenir de la chanson kabyle : «Il est temps de rehausser la chanson kabyle avec la contribution de tous les artistes. Un chanteur devrait faire participer, dans le cadre de son travail, les professionnels. L’idée du chanteur qui fait tout est révolue.» Par ailleurs, Aït Menguellet a lancé un appel aux pouvoirs publics d’organiser une grande fête de solidarité aux profits des sinistrés du séisme du 21 mai dernier. «Je suis certain que tous les artistes et chanteurs algériens répondront à cet appel. J’espère que l’Etat mettra à notre disposition les moyens nécessaires.» Aït Menguellet, dont le répertoire s’étale sur une vingtaine d’années, est considéré comme l’un des plus grands artistes algériens. «Incontestablement, il est un grand poète», disait de lui l’écrivain Kateb Yacine. Agé de 52 ans, il a en effet offert des chansons d’une grande qualité et des textes pleins de sens. La force de son verbe et de ses mots l’ont fait distinguer dans le monde de la musique. Le poète refuse toujours l’étiquette de chanteur engagé. En hommage à son œuvre, le théâtre algérien a adapté une pièce théâtrale intitulée l’Algérie du poète. F. B. --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- L'Expression 1er juillet 2003 CONFERENCE DE PRESSE D’AIT MENGUELLET «N’est pas Brassens qui veut» Il est partant pour l’organisation d’un très grand gala au profit des sinistrés pour peu que l’Etat y mette les moyens «Ce n’est pas un retour», a tenu à préciser Lounis aux journalistes au début de sa conférence qu’il a organisée hier au TNA, à l’occasion du spectacle qu’il offrira les 1er, 2, 3 et 4 juillet. Au TNA, on annonce déjà que l’orchestre et le premier balcon sont complets, il ne reste donc que les deuxièmes et troisièmes balcons pour ce premier jour (aujourd’hui à 19h, ndlr). Un spectacle où il n’y aura pas de décor ni du nouveau sur le plan de la production, affirme Lounis, sinon l’album d’il y a deux années et des improvisations. Et les improvisations chez lui, qui charrient toute la cosmogonie kabyle transmise par les contes et les récits mythologiques, peuvent avoir un impact réel. Quel sens supplémentaire prendra en effet, la chanson Les enfants de l’Algérie, écrite, il y a plus de 20 ans, à la lumière du séisme du 21 mai? «Nous, les enfants de l’Algérie aucun coup ne nous épargne. Quand tout veut sombrer, nous voulons le redresser. Quand tout menace ruine, nous voulons le reconstruire. Nous supportons à foison les hauts et les bas», sans commentaires. Le nouveau donc, chez Lounis, c’est cette sérénité légendaire qu’il garde face aux événements. «Il y a tellement de choses à dire sur les critiques et les reproches qu’on me fait, surtout quand on vous demande d’assumer les échecs des autres. J’ai été victime de plusieurs manoeuvres de diversion, ce qui m’a aidé c’est que je suis un bon encaisseur et je n’ai rien à me reprocher.» Plus explicite, il ajoute: «Je suis devenu une tête à claques. Certains se disent: ‘’lui, il est connu donc on va jeter l’opprobre sur sa personne et les gens vont s’occuper moins de nos conneries’’.» Lounis fait-il allusion aux siens? Sans doute puisqu’à propos de l’épisode «Bouteflika» qu’il a applaudi, il répond: «Revenir sur ce sujet c’est ressasser l’inutile (traduction) mais je dirai que c’est quelque chose qui a été monté en épingle d’une façon scientifique. Chapeau. Ceux qui l’ont fait savent y faire.» Disons que les coupables se reconnaîtront. L’Année de l’Algérie en France, un autre amalgame que Lounis impute à certains titres de la presse nationale. «Je n’ai jamais défendu cette manifestation qui n’a pas besoin de moi pour ce faire. J’étais en France et j’ai vu une pétition appelant au boycott de la manifestation. Je me suis rendu compte que les artistes figurant sur la pétition n’ont pas été consultés. Pour ne pas devenir un vulgaire instrument entre les mains des politiques, j’ai dit stop ! J’ai réuni les artistes en leur disant: c’est à vous de décider.» Revenant à la chanson kabyle, Aït Menguellet a reconnu qu’elle s’est cloîtrée dans les deux extrémismes que sont l’engagement et la fête, alors qu’entre les deux, il y a tout un univers à exploiter. Ce sont ces voies justement que compte explorer l’association des artistes qu’il vient de fonder avec ses pairs. Pour l’engagement, Lounis explique que beaucoup de chanteurs avaient pensé que c’est un créneau porteur. «Si on ne ressent pas profondément les maux de notre société, il faut penser à faire autre chose. En ce qui me concerne, je ne me suis jamais senti comme étant un chanteur engagé. J’ai chanté les maux par nécessité.» Interpellé par un confrère sur le fait qu’il n’est plus écouté par les jeunes de moins de 25 ans, il répond presque résigné: «Il est possible que j’ai fait mon temps. En attendant, j’espère qu’il y a toujours ceux de ma génération qui m’écoutent.» Et d’ajouter: «Je l’admets, j’espère qu’il y aura d’autres chanteurs qui sauront capter leur intérêt.» C’est une petite fille d’à peine 8 ans qui a clôturé la conférence de presse par deux questions: «Pourquoi ne pensez-vous pas chanter en arabe?» et «Cela fait dix ans que vous n’avez pas chanté pour les enfants...» «J’ai un accent tellement horrible en arabe que je risque de faire fuir les gens.» Pour les enfants, il répond: «J’avoue ne pas savoir le faire, mais étant grand-père, j’espère que mes deux petites m’inspireront.» Peut-être Lounis a-t-il toujours chanté pour les grands enfants? Oui, répond-il. B. TAKHEROUBT -------------------------------------------------------------------------------------------------------- El Watan 1er juillet 2003 AIT MENGUELLET L’autre sens de l’engagement L’arrivée de Lounis Aït Menguellet sur la scène est toujours attendue comme un événement qui va au-delà de son usage artistique. Une voix depuis longtemps vivante et un parcours orné d’honneurs et de… circonvenues. «Ce n’est pas un retour», dit-il, parlant de la série des quatre concerts qu’il donnera à partir d’aujourd’hui au Théâtre national algérien (TNA), à Alger, en solidarité avec les victimes du séisme du 21 mai dernier. L’activité artistique d’Aït Menguellet est constante : «Si vous ne me voyez pas souvent sur scène, c’est simplement parce que je ne me considère par comme un chanteur de scène. Du reste, j’ai toujours été disponible mais les opportunités se font rares en Algérie.» Concernant l’Année de l’Algérie en France, la réaction des chanteurs de Kabylie, exprimée à travers une conférence de presse tenue à Ryadh El Feth il y a quelques semaines, est intervenue «après une pétition qui a circulé en France plaidant pour le boycott de Djazaïr 2003. Il s’est avéré que des politiciens se cachent derrière. Ils parlent au nom des artistes, chose que nous refusons car nous estimons que chacun a le droit de s’exprimer en son propre nom», précise Aït Menguellet. Au milieu des scènes qui renvoient l’écho du vide et le marasme qui frappe l’expression artistique en Algérie, le lieu est toujours de faire des artistes tout sauf ce qu’il sont. Le chanteur de Djamila le fait bien entendre : «Pour la Kabylie, mon souhait est que tout le monde se mette d’accord et qu’on retrouve vite la paix.» Une façon de dire aux limites du poétique pour évacuer les «mauvaises» interprétations. «Parmi les chanteurs de Kabylie, il est admis depuis longtemps que seuls ceux qui écrivent, composent et interprètent peuvent être des artistes complets. Cela est une erreur monumentale», martèle-t-il. Il reconnaît par ailleurs que la chanson d’expression kabyle est «depuis longtemps enfermée entre les deux extrêmes de l’engagement politique, d’un côté, et de la fête, de l’autre. Puis, je trouve qu’il y a beaucoup d’opportunisme dans la chanson engagée et ça constitue un créneau qui rapporte pour certains... Pour cela, je ne me reconnais pas dans le concept d’engagement». Maintes fois attaqué, mais depuis toujours adulé par ses inconditionnels, Aït Menguellet refuse «d’assumer les échecs des autres». «Ce que je sais, c’est que je n’ai rien à me reprocher», déclare-t-il. Par Amine Khaled --------------------------------------------------------------------------------------------------------- L'Expression 29 juin 2003 «L’ALGERIE DU POETE» AU TNA Aït Menguellet revisité... Le barde kabyle a été le centre des journées poétiques organisées par le théâtre d’Alger. Kateb Yacine disait de lui «il est incontestablement notre plus grand poète». Il chante l’amour et la liberté, et crie le désarroi de sa société. La puissance de ses poèmes réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe et du mot. Mieux encore, la consistance de sa poésie face à ses complaintes ne laisse personne indifférent Il s’agit bel et bien du chantre Lounis Aït Menguellet, le maître de la chanson kabyle. L’Algérie du poète est le titre de la pièce théâtrale qui a été présentée, mercredi au Théâtre national algérien (TNA). Aujourd’hui, et pour la première fois, le metteur en scène Ahmed Khoudi a présenté d’une manière plutôt originale Aït Menguellet dans l’espace théâtral. Ainsi à partir d’un corpus d’une vingtaine de poèmes écrits par le barde kabyle entre 1969 et 2001 et traduit, en français par Ahmed Ammour, M.Khoudi a su concevoir une mise en scène théâtrale sur la base de textes poétiques y intégrant les conditions des personnages et des situations. La pièce a été interprétée magistralement par trois jeunes comédiens, Rym Tachkout (l’héroïne du feuilleton algérien Hanane Imraâ), Fatteh Kafi et Foudil Assoul, étudiants à l’Institut national des arts dramatiques de Bordj El Kiffan, avec la participation du guitariste virtuose Hocine Ouhayoune travaillant actuellement avec Aït Menguellet. Quand bien même la difficulté du texte se faisait sentir, les comédiens ont su avec dextérité interpréter le rôle qui leur a été donné.L’oeuvre a été interprétée en français avec quelques passages en kabyle, elle est accompagnée toutefois de morceaux de musique et de chants. De fait, les comédiens devaient maîtriser les deux langues tout en respectant le tempo des verbes et le message du poète. Très connu pour son esprit critique, à travers L’Algérie du poète, le metteur en scène a essayé de restituer fidèlement les idées de Ait Menguellet, pourfendant l’injustice, le bâillonnement de la liberté, et les déchirements de l’exil. Selon Ahmed Khoudi: «L’objectif de ce texte qui a servi de base à la conception théâtrale n’est pas de le reconstituer et de redire mais d’y déceler ce qui n’est pas immédiatement perceptible à l’écoute, et qui parfois n’est pas dit avec les mots mais révélé par la manière avec laquelle ils sont dits». Concernant le côté scénographique de la pièce, une fois les comédiens choisis, et la traduction du texte faite, il fallait trouver une scénographie appropriée aux textes du poète. Abderrahmane Zaboudi a su édulcorer la scène en introduisant des couleurs et des formes adaptées à l’identité amazighe telles que la couleur bleue, le rouge... D’autre part, signalons que dans le cadre de El Djazaïr, l’Année de l’Algérie en France, L’Algérie du poète sera présentée ultérieurement en France. S. SAMIRA ---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le Jeune Indépendant 15 juin 2003 L’Algérie du poète au TNA Le cri du poète Par M. Tchoubane Après avoir assisté à l’Algérie du poète, texte de Lounis Aït Menguellat, traduit par Ahmed Ammour et mis en scène par Ahmed Khoudi, nous pouvons dire sans risque de nous tromper que le public a découvert, jeudi dernier au TNA, un autre univers poétique captivant. Une autre dimension de l’homme dont le corpus poétique invite davantage à pénétrer ses préoccupations. L’histoire d’une Algérie qui laisse apparaître ses tares, ses failles, ses espoirs ; un pays qui, non sans peine, tente de séparer le bon grain de l’ivraie. Tel est le corpus d’une vingtaine de poèmes écrits et chantés par Aït Menguellat qui défile sous nos yeux pour raconter l’indicible amour, dire l’errance dans l’inconnu et enfin briser le silence. L’Algérie du poète se met en scène pour traduire sous forme théâtrale l’amour, la déception, l’espoir et la réflexion d’un poète animé de la puissance des mots pour faire changer la situation en un état fécond. Accompagné d’un musicien, trois comédiens, Rym Takoucht, Assoul Foudil et Fethi Kafi, emmitouflés dans des costumes originaux se donnent la réplique. Les rôles qu’ils incarnent sont impersonnels mais reflètent sensiblement l’âme de l’Algérie en tenailles, car «ce qui me peine, ce n’est pas toi, mais la terre qui nous vit naître toi et moi», est-il déclamé en chœur. Le spectateur ressent la charge de rébellion qui, à peine perceptible, glisse sous l’émotion du verbe. Le dialogue alterne avec des chants entrecoupés de musique qui ne se suffit pas pour porter haut et fort le cri d’une Algérie en mal de repères sinon souscrire à un devoir de mémoire. Le spectacle conçu sous la forme d’un conte poétique subjugue par la tension dramatique et la charge émotionnelle que libèrent sur scène les comédiens. Il est interprété principalement dans la langue de Molière, il y intègre cependant l’expression en tamazight (musique et chants), la langue arabe étant évacuée bien que le thème qui aborde l’espoir exhorte le retour de l’exilé, cet exilé qu’est le tamazight, invité à venir désormais côtoyer l’arabe et le français. En somme, la théâtralisation des textes du poète tente de secouer la mémoire des amnésiques. Une manière de crier son Algérie, notre Algérie, avec nostalgie, regret et colère. La dire aussi avec espoir. A signaler que l’Algérie du poète est inscrite dans Djazaïir, une année de l’Algérie en France. C’est une coproduction entre le Théâtre national algérien et Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise. Une huitaine de représentations sont prévues, toujours au TNA, pour le mois en cours. M. T. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Liberté 15 juin 2003 LA GÉNÉRALE DE “L’ALGÉRIE DU POÈTE” DE LOUNIS AÏT MENGUELLET AU TNA Chant d’amour et d’espoir Par Yacine Idjer “Lounis Aït Menguellet, écrit Ahmed Ammour, fait partie de ces artistes qui ne cessent de débusquer la vérité là où elle est la plus compromise. Il jongle avec les mots et tend ses vers comme le funambule sa corde. Jamais plus sérieux qu’au moment où il paraît plaisanter et sa gravité toujours sur le point de devenir plaisante.” La générale de L’Algérie du poète, une pièce théâtrale bâtie sur les textes de chansons du chanteur kabyle Lounis Aït Menguellet traduits du kabyle vers le français par Ahmed Ammour, a été donnée, mercredi dernier, au théâtre national d’Alger (TNA). La pièce, mise en scène par Ahmed Khoudi, est conçue sous la forme d’un conte ou plutôt d’une fable poétique qui met en espace des personnages et des situations imaginaires. La pièce illustre si bien l’œuvre de l’artiste dans toute sa diversité mettant en exergue ce qu’elle a de plus fort et ressortant de ce fait les thèmes-clés comme l’amour, la liberté, la femme, la justice, le déchirement, l’exil… La pièce, jouée en français, a été marquée par quelques séquences en kabyle et également par des chants. Ce sont, en somme, trois personnages, anonymes, qui parlent, racontent, qui s’interpellent dans un langage poétique et créent dans un décor abstrait, voire symbolique des tensions ainsi que des conflits mais donnant aussi envie de rêver, d’espérer. Tous les trois créent des situations, racontent des histoires, entretiennent des dialogues. Effectivement, la scène n’a pour décor qu’une toile de jute incrustée de pièce d’aluminium placée en arrière-plan et deux sortes de socles. L’ensemble de l’espace scénique est nu, facilitant les déplacements, les va-et-vient des comédiens dans un jeu intense, où le moindre mouvement exécuté, la moindre parole dite, le moindre geste fait s’avère étonnant, captivant, riche de sens. L’histoire de la pièce est centrée sur un idéal de justice qui nous ramène aux sources de l’humanisme, et elle apparaît comme l’histoire récente de l’Algérie. En effet, la pièce est, de bout en bout, pénétrée par toute l’Algérie et, au-delà, animée d’une dimension universelle puissante. Il s’agit par ailleurs d’une pièce mettant en avant une poésie de la spiritualité et du combat, du quotidien et du séculaire, de l’amour et de la déception, de l’espoir et de la réflexion, de l’anecdote et du grandiose. L’Algérie du poète est une pièce mettant en scène une Algérie rêvée, espérée, voire une Algérie possible, où il n’ y a aucune différence entre les algériens, ni entre la majorité ni entre la minorité. C’est-à-dire une Algérie ouverte à toutes les cultures, tolérante. Une Algérie cosmopolite, donc multiple. Il s’agit d’une Algérie que l’artiste n’a cessé de chanter tout au long de sa carrière. L’Algérie du poète, faut-il le rappeler, s’inscrit dans Djazaïr, l’année de l’Algérie en France 2003. Il s’agit d’une coproduction entre le théâtre produite par le TNA et l’Apostrophe, scène nationale de Cergy-Pontoise. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ Paroles de comédiens Il s’agit d’une expérience nouvelle pour les comédiens (Rym Takoucht, Assoul Foudil, Fethi Kafi) qui ont joué dans la pièce, une expérience qui est aussi particulière et très enrichissante, puisqu’il s’agit d’une mise en scène de textes de chansons. Et parce qu’elle leur a permis aussi de s’exprimer pleinement à travers la mise en scène, d’autant plus que les textes joués traduisent la vie à laquelle ils se réfèrent et appartiennent, donc “on s’est impliqué à fond”, ont-ils dit. En mettant en espace les textes de Lounis Aït Menguellet, des textes forts et complexes, c’est avec bonheur qu’ils découvrent et redécouvrent l’Algérie à laquelle rêve le poète, une Algérie donnant lieu à rêver et à espérer. “Aït Menguellet nous donnent l’image d’une Algérie plus sincère que celle qu’on connaît, c’est-à-dire une Algérie possible et vraie”, ont-ils précisé. Mais tous les trois partagent le même avis : “Ce n’est pas facile de jouer les poèmes de Lounis Aït Menguellet, car il fallait donner au texte poétique une dimension théâtrale. Il fallait jouer les poèmes et non pas les déclamer.” ------------------------------------------------------------------------------------------------------ L’univers du chantre Lounis Aït Menguellet est un artiste caractéristique : il est plus qu’un interprète de chansons, c’est un poète portant en soi la beauté, la générosité et la pureté du verbe. Ses chansons sont des poèmes chantés si admirablement qu’il est parvenu à se faire un public grand et fidèle et à s’inscrire aussitôt dans la notoriété ; des poèmes qui, ancrés aussi bien dans l’actualité que dans le terroir, arrivent à exprimer si bien la vie intérieure de l’artiste, une vie bouillonnante d’émotions et d’idées. Ce qui nourrit les textes de Lounis Aït Menguellet, ce sont les contes, les proverbes et, surtout, la poésie orale. Il y a aussi la modernité, le milieu urbain et le paysage villageois. Tous ces mondes si antagoniques transparaissent avec clarté dans l’esprit de Lounis Aït Menguellet. Donc, ils surgissent dans ses textes, s’y mêlent et s’y interpellent sans cesse. Un univers où viennent s’incarner des images, un univers animé par le jeu des symboles, habités par des personnages aussi bien fantastiques qu’ordinaires. Mais ce qui donne du trait à son monde, ce sont l’élégance et la beauté du verbe, un verbe d’une esthétique poétique. L’artiste forge ainsi un monde poétique, un monde qui se construit sur plusieurs thèmes, à savoir la dimension spirituelle : Aït Menguellet charrie en lui toute la cosmogonie kabyle par les contes et récits mythologiques anciens sur l’origine du monde. Ces mythes mettent en scène des personnages imaginés qui ont pour fonctions de vivre des évènements extraordinaires, d’accomplir des actes et des exploits spectaculaires. L’autre dimension est celle des relations sociales et humaines, à savoir le poète pose un regard descriptif, notamment critique sur la société : il dénonce l’hypocrisie et l’inégalité sociale. Aït Menguellet évoque aussi dans ses poèmes l’amour, il sublime également la femme, sans oublier la liberté qu’il ne cesse de chanter. D’où la dimension politique. Effectivement, le caractère politique des poèmes de Lounis Aït Menguellet demeure le plus connu par son expressivité si remarquable et par son importance réelle. Le chanteur dénonce les restrictions des expressions et revendique les valeurs citoyennes ainsi que la transparence. Lounis Aït Menguellet est le seul chanteur vivant qui ait fait l’objet d’un ouvrage, fruit d’une recherche à partir de son œuvre et de son parcours. ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Le Soir 14 juin 2003 L'ŒUVRE D'AIT MENGUELLET AU THEATRE Quand la chanson épouse les planches Par Yacine Idjer Qualifié de poète par les uns, de chanteur par les autres, mais ceux qui ont écouté et analysé ses chansons sont unanimes : il est philosophe. Mais comment peut-on saisir la grandeur de l’œuvre de Lounis Aït- Menguellet, surtout pour ceux qui ne comprennent pas le kabyle ? A cet effet, le scénographe Ahmed Khoudi vient d’adapter ses chansons au théâtre. Traduit en langue française par Ahmed Ammour, le spectacle qui englobe les trente années que compte la carrière de Lounis s’avère un véritable travail de titan. Car, quand on écoute les chansons d’Aït Menguellet, on se demande bien comment peut-on les porter à la scène, notamment côté dramaturgique. Ahmed Khoudi, lors d’une conférence de presse animée au Théâtre national algérien (TNA), l’a bien expliqué : “C’est un travail colossal. Ça n’a pas été une tâche aisée. Pour le seul travail de mise en texte, il m’a fallu 15 jours de travail d’arrache- pied, il y avait tellement de choses à revoir et à prendre en considération, parce qu’il s’agit bien de chansons qui doivent être mises en scène et qui sont destinées à être vues”. Pour Ahmed Khoudi, les difficultés se traduisent surtout par la profondeur de ces poèmes, leur spécificité, ainsi que leurs caractéristiques purement poétiques. A titre d’exemple, on note notamment le recours à la métaphore, à l’allégorie, à la rhétorique, etc. D’autant plus que ses poèmes sont, pour la plupart, caractérisés par une pure abstraction et une nette imagination. Le spectacle L’Algérie du poète est fabriqué par un métissage de chansons, où la diversité des thèmes choisis, à savoir l’amour, la liberté, la femme, la justice… côtoie la variété des scènes montées . “ J’ai voulu donner au spectateur à voir des poèmes, à partir de là, le spectateur verra une pièce où la musique, le chant et la poésie sont étroitement liés, donc le passage d’un thème à un autre doit être effectué exactement comme il l’est d’un sujet à un autre dans une même chanson”, a tenu à préciser Ahmed Khoudi. Concernant les comédiens, le spectacle est interprété par trois personnages, dont une comédienne professionnelle, Rym Takoucht, qui a joué notamment dans la pièce Ubu Roi, ainsi que dans les films : Cette femme et Mehdi d’Alger, ce dernier film est en cours de montage. Quant aux deux autres comédiens, en l’occurrence Kafi Fethi et Fodil Armah, ils sont encore étudiants à l’Institut national d’arts dramatiques et chorégraphiques (INADC) de Bordj El-Kiffan. Ces comédiens avouent être à la fois frappés et émus par la forte signification et la brillance de la poésie d’Aït Menguellet. “Parce que j’y ai retrouvé et découvert cette Algérie dont chacun d’entre nous rêve. Quoique c’est la première fois que je joue dans une pareille pièce. Je trouve que c’est extraordinaire”,a souligné Rym Takoucht. Il est à noter que le spectacle L’Algérie du poète, dont la générale a eu lieu mercredi au Théâtre national algérien et qui s’étend jusqu’au 27 du mois en cours, sera joué au mois d’octobre prochain à l’institut du monde arabe de Paris, dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France. Kamel C. ------------------------------------------------------------------------------------------------------------ La Nouvelle République 14 juin 2003 TNA : L’œuvre d’Aït Menguellet au théâtre L’Algérie du poète Par Farida Berrabah Aït Menguellet est connu pour être un grand chanteur kabyle, mais ceux qui s’approfondissent dans l’étude de ses textes, le considèrent plutôt comme un poète philosophe. Pas toujours facile de décortiquer les textes d’Aït Menguellet. A cet effet, il n’est toujours pas considéré à sa juste valeur par le public. Pour faire goûter à un large public (pas seulement le public berbèrophone) la belle poésie du barde et sa sage conception de la vie, Ahmed Khoudi (metteur en scène) a fait une adaptation libre des textes de ce grand chanteur et les “a conçu sous la forme d’un conte poétique, qui donne à voir l’œuvre d’Aït Menguellet dans toute sa diversité”. L’adaptation est en langue française. Dans une conférence de presse organisée lundi au TNA, Khoudi nous a expliqué que cette idée remonte à une année où un premier essai de 35 minutes (bien réussi d’après lui) a été fait. Khoudi a voulu développer son projet pour donner naissance, cette fois-ci, à un spectacle d’une heure et demi. “Ce travail n’a pas été facile. Les difficultés étaient de donner une suite aux textes, de trouver un fil qui relie le texte d’une chanson à une autre et le découpage des textes pour faire un dialogue” soulignera le conférencier. Le choix des textes est subjectif, voire émotionnel et il englobe les 30 ans de carrière de chanteur”, précisera-t-il. Les trois comédiens qui présenteront ce spectacle en l’occurrence Rym Takouchite, Foudil Assoul et Kafi Fethi, qui sont encore des étudiants de l’Institut national des arts dramatiques (INAD). Rym Takouchite nous a confié à cet effet : “Les textes d’Aït Menguellet sont très forts. J’ai travaillé avec une grande chaleur (…). Grâce à ce travail, j’ai découvert la magie de la poésie d’Aïn Menguellet”, expliquera pour sa part Foudil Assoul. Kafi Fathi s’exprimant avec beaucoup d’émotions, nous dira : “J’ai été très ému par la belle poésie d’Aït Menguellet. Ses textes m’ont permis de découvrir une Algérie plus belle et plus sincère. Une Algérie dont on doit rêver”. Ce spectacle sera présenté au Théâtre national algérien les 11, 12, 13, 18, 19 et 20 juin, puis en France, dans le cadre de l’Année de l’Algérie en France. Aït Menguellet sera de retour sur la scène du Théâtre national algérien les 1, 2 et 3 juillet, pour donner une série de récitals. -------------------------------------------------------------------------------- Dis-leur - Inasen A ceux que le vent a emportés Le vent de panique qui a soufflé Porte-leur mon message Dis-leur ceci : Que la malédiction est partie Qu’ils peuvent maintenant revenir Au pays nous avons trouvé un guide Parmi les hommes rares qui nous sont restés Son père est Kabyle des montagnes Sa mère est Arabe des Chleuh C’est un vrai dirigeant Nous n’admettrons de le perdre A sa venue les brumes se dissipèrent Au pays, il saura insuffler une âme Dis-leur, la malédiction est finie De nos querelles, plus de traces Dis-leur que nous les attendons Le pays a besoin de ses enfants Dis-leur de revenir Chacun sa place l’attend Chez-eux, avec les leurs, ils s’uniront Et se réjouiront avec leurs enfants Dis-leur, la porte est ouverte Abattues les palissades Toutes les voies sont libres D’étrangers, le pays regorge toutes les saisons C’est par milliers qu’ils affluent Dis-leur de revenir De l’arbitraire, plus de trace Le despotisme qu’ils ont connu jadis L’on n’évoque même pas son nom Les tyrans d’hier Et tous les geôliers Dans le droit chemin, ils sont revenus Et ont compris leurs vraies missions L’armée est dans les casernes Les fusils ne sont plus que rouilles Ni tueurs, ni tués Les tordus sont redressés Nous sommes sortis des ténèbres Nos infortunes sont effacées Ceux qui ont pris le maquis Grâce à Dieu, ils ont revenus au droit-chemin Guidés par les bienfaiteurs Il n’y a plus de chômeurs Le peuple entier travaille Nul n’est plus dans la détresse Sur chaque visage, la paix est répandue Le bon grain domine l’ivraie Les récoltes débordent Le paysan se remet à travailler sa terre A vendre et à récolter Et même les journaux Ont appris à dire la vérité Dis-leur, la paix est enfin là Au printemps, elle a donné rendez-vous Tous les vœux sont exaucés Tout ce dont nous avons longtemps rêvé Dis-leur de revenir S’ils pouvaient voir les villes La beauté qui les accueillera Dans chaque rue empruntée Ils ne verront et humeront Que la rose et le jasmin Des filles et des garçons Main dans la main Vont ensemble à l’école Le kabyle est enseigné Au même titre que l’arabe et le français Chacun l’aime et l’apprend N’avons-nous par les mêmes ascendants? Dis-leur que ce n’est pas tout Il y a tant de choses encore S’ils pouvaient voir les mosquées De bons musulmans, emplis Fraternels et tolérants Acceptant l’Eglise chrétienne Les Juifs ont repris leurs commerces Avec eux, nous sommes frères A Constantine, son pays Enrico est marchand de luths Dis-leur qu’à leur arrivée à la capitale, Avec fleurs et sourires Ce sont les gouvernants Qui les accueilleront Ils verront que tout a changé Un peuple serein et gai Ils trouveront bénédiction et sagesse Combien de lui, ils seront contents Les cœurs blessés guériront Neufs, ils en deviendront Oubliées les affres de l’exil Des malheurs, ils seront lavés Ils commenceront une nouvelle vie sur leur terre, elle s’épanouira Revenez, si vous ne me croyez Vous verrez de vos propres yeux Les fous tels que nous Ont droit de délirer Ce que j’ai dit n’est qu’utopie Utopie de ceux qui rêvent toujours Nous avons tous ici nos rêves Ramenez-nous vos rêves, à vous Apportez-nous vos rêves Dans l’aire des rêves, nous les rajouterons Il y a ceux qui les battront Du mélange naîtra le discernement Le battage une fois achevé Le bon grain sortira de l’ivraie Je suis mauvais Je suis donc si mauvais ! Vous, vous êtes si bons Vous, les destructeurs Vous mes semblables Nous sommes donc si mauvais Bons, sont ceux qui cassent les adages Et si je ne veux pas dire Descends, mon Dieu que je monte Mieux que toi, je sais Je suis mauvais Sommes-nous dans un conte de fée ? Pourtant l’arbitraire se fait battre Sur les nobles, le silence est tombé Laissant les dépravés, sasser Si je ne chante pas les morts Si je ne me nourris pas de cadavres Je suis mauvais De patience nous nous sommes armés A notre réveil, tous a changé Les ignorants, s’enorgueillissent Les sages adoptent le profil bas Si je suis des pudiques Si je pèse mes serments Du mauvais regard, je suis visé Je suis mauvais J’ai trouvé l’aigle blessé Le corbeau prenait les commandes J’ai vu pleurer l’abeille La guêpe l’a délogée Si je refuse de quitter ma maison Si je refuse de m’exiler Et si à ma terre je m’agrippe Je suis mauvais Eux préfèrent les tyrans toi, tu résistes Chaque fois que tu vas de l’avant Ils te relèguent en arrière Si je compatis avec les malheureux Si j’aime ceux les gens honnêtes Je suis mauvais De l’injustice, ils ont pris racine Si elle n’existe, ils la créent Derrière nos malheurs, nous nous sommes murés De ceux qui agressent et se plaignent Si je suis contre l’injustice et la corruption Si de l’envie je suis l’ennemi Et si je ne dérange la quiétude des autres Je suis mauvais A ceux qui adorent les tombes Vous y cherchez votre salut vous portez tout cet intérêt à la mort Et la vie, vous l’ensevelissez Si je dédaigne la mort qu’ils me souhaitent Si je refuse qu’ils me tuent Pour qu’ils puissent faire de moi un bœuf de battage Je suis mauvais Si tu portes la malédiction Alors pour eux, tu es un homme Si tu fais le lit de l’intrigue Alors ils t'élèveront sur l’échelle de la gloire Si je ne fais flèche de tout bois Si je refuse d’être un alêne Et si de la louve, je ne tiens pas Je suis mauvais Dieu, viens-nous en aide Pour les mauvais jours qui s’annoncent Sera-t-elle un jour sauvée ? De ceux qui frappent et n’intercèdent point Si je suis du côté du juste Si j’enrobe mes mots de vérité Et si je veux que le jour se lève pour nous Je suis mauvais "J’ai rêvé que j’étais dans mon pays... " J’ai rêvé que j’étais dans mon pays Au réveil, je me suis trouvé en exil Nous, les enfants de l’Algérie Aucun coup ne nous est épargné Nos terres sont devenues prisons On ferme sur nous les portes Quand nous appelons Ils disent, s’ils répondent: Puisque nous sommes là, taisez-vous ! Dors, dors, on a le temps, tu n’as pas la parole! Lounès Ramdani 26 décembre 2001 - mise à jour 3 juillet 2003

Posté par Zighcult à 22:00 - Musique berbère - Permalien [#]