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samedi 1 octobre 2005

Lounis Aït Menguellet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lounis_A%C3%AFt_Menguellet

Allez voir sur WIKI l'article complet avec tous les liens externes, des paroles de chansons, un interview...

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Lounis Aït Menguellet est un chanteur kabyle, né le 17 janvier 1950 à Ighil Bouammas, petit village niché dans les chaînes montagneuses du Djurdjura, près de Tizi Ouzou en Grande Kabylie (Algérie).

Lounis Aït Menguellet est l'un des artistes les plus populaires et les plus attachants de la chanson kabyle contemporaine, un poète qui est devenu le symbole de la revendication identitaire berbère. A propos des évènements qui ont secoué la Kabylie ces dernières années, il dit que, égale à elle-même, la région est un bastion de la contestation et qu’elle a toujours été à l’avant-garde des luttes. « Je parle de la Kabylie à ma façon, afin d’apporter quelque chose pour que les choses évoluen' », avant de s’empresser d'ajouter qu'il ne fait jamais de politique.

Ni philosophe, ni penseur, tout juste poète (« on me le dit si souvent que je commence à y croire »), Lounis s'interdit, dans ses chansons, de donner des leçons. « Je ne fais que de l’observation. Elle peut être juste ou fausse. Mes mots ne sont pas des vérités générales. Mais, quand je les dis, ça me fait du bien ». Avec des mots simples, il raconte la vie des gens simples qu'il cotoie, et sait transmettre une émotion qui touche un public de plus en plus nombreux, qui se presse à ses concerts. Et, avec modestie, il ajoute : « Je suis un homme ordinaire, plus ordinaire que les ordinaires ».

La voix envoûtante et profonde de Lounis Aït Menguellet porte un chant qui vient du fond des âges ; c'est celle des troubadours du Moyen Âge, celle des musiciens traditionnels de tous les peuples qui ont su préserver leur âme. Par sa seule magie, cette voix chaude transporte ceux qui l'écoutent au coeur de la Kabylie. Troubadour, chanteur-compositeur, Aït Menguellet perpétue cette tradition orale des montagnes kabyles qu'a si bien mise en évidence avant lui le grand poète Si Mohand, décédé en 1906, et qu'a chantée Marguerite Taos Amrouche, soeur du poète Jean Amrouche, décédée en exil, en Tunisie.

Longtemps marginalisée, réduite à un genre mineur, la chanson kabyle, grâce à Lounis Aït Menguellet, a renoué avec le fonds traditionnel berbère qu'a chanté avant lui Slimane Azzem, interdit d'antenne dans son pays durant plus de vingt-cinq ans. La puissance des chansons de Lounis réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe : « La paix demande la parole : je suis contrainte de t'abandonner, pays pour qui j'ai l'âme en peine / Ils m'aiment en me comparant à une perdrix / Belle quand je leur sers de festin… », dit l'un de ses textes. Ou cet autre, qui clame : « Nous avons chanté les étoiles, elles sont hors de notre portée / Nous avons chanté la liberté, elle s'avère aussi loin que les étoiles ».

Conscient du rôle essentiel joué par la chanson qui a contribué au maintien et à la sauvegarde de la langue kabyle, Lounis Aït Menguellet effectue, au travers de ses chansons, dans lesquelles le texte et la langue tiennent une place primordiale, un véritable travail de mémoire pour sa langue maternelle, dont la défense est une de ses raisons de vivre : « La chanson a toujours porté à bout de bras l’âme kabyle, l’essence algérienne. Il y a plein de Kabyles qui ont appris leur langue grâce à la chanson ». Les mots du kabyle lui parlent et il continue à en découvrir : « La langue, c’est la mère, la terre ».

Chanteur à textes, Lounis Aït Menguellet n’en n’a pas moins introduit une recherche musicale plus élaborée dans ses chansons depuis que son fils Djaâffar, musicien lui-même, fait partie de son orchestre, qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte).

À propos de la chanson kabyle, Lounis Aït Menguellet considère qu'elle se porte plutôt bien, dans la mesure où il y a toujours de jeunes artistes qui émergent. « Il y a d’un côté, la chanson rythmée que demandent les jeunes, mais il y a aussi le texte qui reste une chose fondamentale dans la chanson kabyle», souligne le poète pour qui la chanson engagée est avant tout une liberté d’expression.

La carrière de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, plus sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, plus politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture plus approfondie des textes. Ahkim ur nsaa ara ahkim (Pouvoir sans contre-pouvoir), Idul sanga anruh (Le chemin est long), Nekni swarach n ldzayer (Nous, les enfants d’Algérie) : Aït Menguellet choisit délibérément dans ses concerts récents de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invitation lancée à son public à une réflexion et à une découverte. En présentant son nouvel album à la presse, le 16 janvier 2005, à la veille de sa sortie le jour de son cinquante-cinquième anniversaire, à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, Lounis a fait remarquer que « l’artiste ne fait qu’attirer l’attention des gens sur leur vécu et interpeller leur conscience. C’est déjà une mission et je ne me crois pas capable d’apporter les solutions aux problèmes ». Aigri par la situation sociale et politique de l'Algérie, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts.

De nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre en tamazight, en arabe et en français.


Biographie
Dernier né d’une famille de six enfants - il a trois sœurs et deux frères -, Lounis Aït Menguellet nait dans le village d'Ighil Bouammas, près de Tizi Ouzou en Grande Kabylie le 17 janvier 1950, un peu plus de quatre ans avant le déclenchement de l'insurrection qui donnera, après huit années d'une guerre sans merci, l'indépendance à son pays. Il a vécu une enfance difficile, partagé entre sa région natale et Alger où il s'installera un temps chez ses frères Smail et Ahmed. Ses parents exerçaient une activité de commerçants. « Ma famille avait pour tradition le commerce. On avait une sorte de ferme et des magasins dans l’Oranais, à Rahouia. Les hommes y allaient à tour de rôle pour faire marcher les commerces. Les femmes et les enfants restaient en Kabylie ». Il aura à peine le temps de commencer ses études primaires à l'école de son village : « J’y suis allé pendant une année, avant que l’école ne soit détruite, brûlée par les Moudjahiddines ».

La suite ? « Elle a été un peu compliquée. J’ai tenté de reprendre les études au village, et j’ai fait quelques années encore avant l’indépendance. Puis, après 1962, je suis parti avec mes frères sur Alger où j’ai repris le cursus primaire dans une école aux Champs de Manœuvres, et de là, j’ai atterri au collège d’enseignement technique dans lequel je suis resté trois ans ».

Au cours de la dernière année, Lounis doit tout abandonner après la mort, dans un accident de la circulation, de son grand frère, jeune commissaire de police à Alger, qui l’avait à sa charge et s'occupait de lui depuis le départ du père à Oran.

Pendant ses études - il suit une formation d'ébéniste dans un collège technique - il s'éprend de littérature, grâce à un professeur particulièrement pédagogue, et commence à écrire des poèmes, qu'il chante dans la plus pure tradition orale de la poèsie berbère.

Obligé de travailler, Lounis trouve un emploi de secrétaire subdivisionnaire au ministère des Travaux publics. Mais, parallèlement, il commence à se lancer dans la chanson, sans penser encore à devenir chanteur. Ses débuts dans ce domaine remontent, à l'année 1968, lorsqu'il crée avec quelques copains le groupe Imazighen. « On était des débutants, on a beaucoup bourlingué, fait des galas, des fêtes un peu partout en Kabylie. Je me rappelle bien de ce gala qu’on avait fait à la salle des fêtes de Tassaft. Elle était archicomble, et j’en garde un très bon souvenir. C’était notre premier gala réussi, ça nous a vraiment galvanisés ». Des pères blancs avaient mis à leur disposition une pièce pour que le groupe puisse répéter. Et au 1er étage, Mouloud Mammeri dispensait des cours de langue amazighe ; Lounis apprendra l'alphabet tifinagh grâce à l'écrivain.

Un an plus tôt, en 1967, son cousin Ouahab l’avait pris presque de force pour l’emmener subir l’incontournable et très redouté passage à l’émission Nouva Ihafadhen de la Radio kabyle que Chérif Kheddam, une grande figure de la modernisation de la chanson kabyle, consacre à la découverte des « chanteurs de demain ». Il y chante sa première chanson, composée en 1966, à l'âge de seize ans, à la suite de sa première (et dernière, avouera-t-il plus tard) déception amoureusee, Ma trud ula d nek kter (Si tu pleures, moi je pleure encore plus). Celui qui avait l'habitude de chanter entre copains sous le clair de lune d'Ighil Bouammas, son village natal, devient, en quelques mois, cet idole qui bouleverse les coeurs. Sa carrière est lancée.

Ce cousin s'occupait du groupe, et jouait un peu le rôle de manager. « C’est lui qui m’avait vraiment poussé à y aller. Dans le temps, il était au groupe comme un manager, il nous débrouillait des galas, le transport. Il était très actif avec nous jusqu’en 1970. Puis, je suis rentré au village, les autres se sont dispersés, et le groupe a fini par disparaître. Mine de rien l’expérience a quand même duré près de trois ans ».

De retour chez lui à Ighil Bouammas, Lounis est recruté comme secrétaire à la Kasma de la région, et il se marie. Mais il doit quitter son travail, après seulement quelques mois d’exercice, pour partir sous les drapeaux. Sa première fille - il aura au total six enfants - vient au monde alors qu’il accomplissait son instruction à Blida, avant d’aller faire ses dix-huit mois à Constantine.

C’est également pendant cette période que Lounis prendra son véritable départ dans la chanson. Toujours grâce à son cousin Ouahab, qui avait pris contact avec un éditeur, Yahia L’hadi (qui était aussi un célèbre chanteur arabe oranais), il enregistre en 1969 à Oran quatre chansons; dont la toute première, Ma trud ula d nek kter, pour ses deux premiers 45 tours, sortis en même temps.

Avec l'aide d'un de ses amis, Kamel Hamadi, il surmonte les obstacles imposés par la vie militaire pour continuer à enregistrer : « Kamel m’avait, en fait, beaucoup aidé à foncer. Je venais en permission le week-end, et il me réservait à l’avance le studio de Mahbou Bati à Alger pour enregistrer. A l’époque, c’était des 45 tours. Je laissais alors la bande à Kamel pour chercher un éditeur, s’en occuper, et moi je reprenais le train pour Constantine le dimanche en soirée ».

C’est ainsi qu’il ne se rendra compte du succès remporté par son second tube A Louiza, qui avec Ma selber assure définitivement sa popularité, que plusieurs mois plus tard. « Je n’en savais absolument rien. Moi j’étais loin, à Constantine enfermé dans une caserne… ».

Aït Menguellet était sans doute loin d’imaginer qu’il venait d’entamer une longue carrière, et que, par la suite, cette période des débuts serait qualifiée « d’années d’or », titre donné en 1987 à la réédition de ses premières chansons. À ce sujet, il précise avec modestie : « Ce titre je n’ai jamais eu la prétention de le proposer. C’est l’éditeur qui s’en est servi sans même m’aviser. Je n’aurais jamais osé. Je l’ai découvert comme tout le monde sur les jaquettes des cassettes rééditées. Alors s’il est mauvais je ne suis pas responsable, et si les gens ont trouvé qu’il convient, je n’ai aucun mérite non plus ».

Dans les années soixante-dix, il s'installe quelque temps en France, où il s'impose comme l'une des grandes figures de la chanson kabyle dans l'émigration. Il passe une première fois à l'Olympia en 1978, fait le plein au Zénith de Paris en 1985, et remplit toujours les stades de Tizi Ouzou, de Béjaïa et la salle Atlas à Alger. A partir de cette période, il commence à devenir le symbole de la revendication identitaire berbère qu'ii exprimera de façon éclatante une décennie plus tard, lorsqu'il délaissera les chansons sentimentales de ses débuts pour adopter un style plus philosophique, plus politique, qui ira en s’affirmant avec des chansons fondatrices comme Agu (le Brouillard), Tibratin (Missives) et surtout Idaq wul (le Cœur oppressé).

Les gens se reconnaissent dans le malaise social dépeint par Aït Menguellet. Ses textes contiennent cette dose de subversion nécessaire à la prise de conscience d’un peuple qui revendique son identité. Lounis Aït Menguellet dérange. Le 25 octobre 1985, il est condamné à trois ans de prison ferme pour « détention illégale d’armes de chasse et de guerre ». Il est mis en isolement durant trois mois. Malgré les aléas de la conjoncture et de l’ingratitude humaine, il reste le plus populaire des chanteurs kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su garder sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la technique et qu’il constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne et de la chanson algérienne contemporaine.

Après près de quarante ans de carrière, plus de 200 chansons produites (il affirme être incapable lui-même d'en donner le nombre exact) et une notoriété bien établie, Lounis Aït Menguellet est toujours resté « ce campagnard fier », « ce montagnard au fort caractère », essayant de couler des jours paisibles dans son village d'Ighil Bouammas près de Tizi Ouzou. « La vie au village n’est pas aussi ennuyeuse qu’on le pense. Le village où l’on est né présente des attraits que d’autres personnes ne peuvent pas voir. Le fait de me réveiller le matin et de voir la même montagne depuis que je suis né m’apporte toujours quelque chose. »

Victime d'un lynchage en 2001, lié à la situation difficile que connait l'Algérie depuis le début des années 1990, il écrit deux ans plus tard Nedjayawen amkan (On vous a laissé la place), qui est censée être une chanson-réponse à cet évènement dont il refuse de parler.

En 2005, il sort un nouvel album Yennad Umghar (Le sage a dit), et fait remarquer que la sagesse qu’il chante dans ses chansons est puisée chez les petites gens qu’il côtoie. Le titre le plus long de l'album - il dure 8' 22" - Assendu n waman (Les brasseurs de vent) dénonce à la fois les manipulateurs d’opinion qui ont un rang officiel, mais également, toutes les voix officieuses, partisanes, généralement adeptes de la politique politicienne. Lounis constate que les brasseurs de vent « viennent, promettent. Et reviennent, oublient. Et disent, c’est ainsi que se font les choses ». Nul acteur politique n’est épargné, et c’est justement ce que certains reprochent à Aït Menguellet : son manque d’engagement. Il rétorque qu’il n’est pas chanteur engagé par vocation. Lui, il est humaniste, rebelle, observateur et porte-voix des petites gens, des humbles, de toutes ces voix écrasées par toutes sortes d’hégémonies, que l'on ne laisse jamais s'exprimer.

Hommage de Kateb Yacine
Dans un texte à propos de la défense de la langue kabyle, le grand écrivain algérien Kateb Yacine, décédé en 1989, rend hommage à Lounis Aït Menguellet :

« (…) Et comme l'ignorance engendre le mépris, beaucoup d'Algériens qui se croient Arabes - comme certains s'étaient crus Français - renient leurs origines au point que le plus grand poète leur devient étranger :

J'ai rêvé que j'étais dans mon pays

Au réveil, je me trouvais en exil

Nous, les enfants de l'Algérie

Aucun coup ne nous est épargné

Nos terres sont devenues prisons

On ferme sur nous les portes

Quand nous appelons

Ils disent, s'ils répondent,

Puisque nous sommes là, taisez-vous !

Incontestablement, Ait Menguellet est aujourd'hui notre plus grand poète. Lorsqu'il chante, que ce soit en Algérie ou dans l'émigration, c'est lui qui rassemble le plus large public ; des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents :

Dors, dors, on a le temps, tu n'as pas la parole.

Quand un peuple se lève pour défendre sa langue, on peut vraiment parler de révolution culturelle »

Kateb Yacine (Extrait de Les ancêtres redoublent de férocité).

Discographie
Discographie complète de Lounis Aït Menguellet (Au total, plus de 200 chansons)

1967-1975 : Période des 45 Tours. Environ 70 titres dont l'essentiel est repris dans « Les années d'or» en 1987.
1976 : Anidha thedjam ammi (Luzine akham)
1978 : Aaathar
1979 : Ayagou
1981 : Amdjahed (Ali d Ouali)
1982 : Amachahu
1983 : Almusiw
1983 : Ammi
1984 : Akbaili
1984 : Arrac lezzayer
1986 : Asefru
1987 : « Les années d'or » 48 titres, reprises en 6 volumes.
1988 : Achimi
1990 : Avrid n temzi
1992 : Akw nikhdaa Rebbi
1993 : Awal
1995 : Iminig egguid
Janvier 1997 : Siwliyid thamac
Décembre 1998 : Amjahed
Juillet 1999 : Inagan
Janvier 2000 : Askouti
Janvier 2001 : Inasen
Janvier 2005 : Yennad Umghar

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Portrait de Lounis AIT-MENGUELLET

Par Madjid Chérifi

http://www.kabyle.com/article.php?id_article=6056/

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Parler de Lounis Ait-Menguellet n’est pas une entreprise des plus aisées.

L’homme a suscité maints écrits d’auteurs aussi connus les uns que les autres qui ont essayé de cerner la personnalité aussi bien du poète que de l’homme lui-même, c’est-à-dire ( le moi individuel personnalise : celui du don inné et le moi collectif : la personnalité de base.

Kateb Yacine disait de Lounis "il est incontestablement notre plus grand poète".

Pour Ait-Menguellet, la poésie était un destin semblable à celui de Si-Mohand ou M’hand et nous pouvons, sans nous tromper, l’affubler de la description qu’en fait Mouloud Mammeri de ce grand poète errant : "Pour lui, la poésie n’était ni un métier, ni un accident : il ne l’avait ni cherchée, ni choisie, elle s’est imposée à lui comme un fatum. Il avait reçu, au vrai sens du mot (la vocation), il avait été (appelé) : testunfk as".

Rien en effet n’est aussi naturel pour Lounis que de composer un poème en l’espace d’une nuit ou même de quelques heures !

Lounis Ait Menguellet n’est pas l’homme qui appartient seulement à son milieu villageois. Natif d’Ighil Bwamas, il est malgré lui le symbole de tous les Kabyles "toutes générations confondues", n’en déplaise aux islamo-baathistes et autres serviteurs du pouvoir.

Lounis a chanté l’amour, le désespoir, l’exil, l’espérance avec tant d’intensité et une profondeur humaine que seul un don inné peut en être l’explication, comme le dit si bien Mouloud Mammeri "testunefk as".

Pour appuyer nos propos, nous nous contenterons de citer un extrait de l’interview (rencontre avec le poète - Timlilit d umedyaz) qui s’était déroulée de 13h00 à 16h30 à Ighil Bwamas le 24 Aout 1996. *1

Question :

Au moment de la création poétique, est-ce que les textes vous viennent d’eux-mêmes ou est-ce plutôt vous qui allez à leur recherche ?

Réponse du poète :

Les moments de créativité viennent sans prévenir ; je ne sais jamais d’avance quand j’écrirais un poème ; et lorsqu’on me demande quand est-ce que je réécrirais de nouveau, je réponds, je ne sais pas, il se peut que cela se fasse l’après-midi même ou bien une année après. J’aurais tellement aimé pouvoir contrôler les moments d’inspiration.

Question :

Croyez-vous (alors)en l’existence des Djinns de la poésie aux forces cachées derrière l’acte d’écrire sachant surtout que les plus grands de nos poètes "comme on dit à propos de Si Mohand et Slimane Azem - qui n’ont pénétré le monde de la poésie qu’après l’apparition de l’ange de la poésie ?

Réponse du poète :

Absolument pas ! Mais ce serait plutôt agréable ! Parce que lier les oeuvres d’un poète à une quelconque force invisible est une preuve du génie et de la qualité de la poésie. Ces créations reflètent, d’autre part, les moments d’éblouissement dus à l’acte poétique qui dépasse de très loin l’imagination humaine. C’est ce qui est arrivé à Si Mohand ou-M’hand puis à Slimane Azem.

Nous terminerons cette modeste contribution au sujet de Lounis en citant cet extrait de l’oeuvre de Platon (le banquet) :

"Quand on entend d’autres discours de quelque autre, fût-ce un orateur consommé, personne n’y prend pour ainsi dire aucun intérêt ; mais quand c’est toi qu’on entend, ou qu’un autre rapporte tes discours, si médiocre que soit le rapporteur, tous, femmes, hommes faits, jeunes garçons, nous sommes saisis et ravis".

Résumé biographique du poète

Abdennebi Ait-Menguellet est né au coeur du Djurdjura en 1950 a Ighil-Bwamas. Il fut prénommé Lounis par sa grand-mère après qu’il lui soit apparu en rêve.

Le prénom officiel de Abdennebi (prénom qui lui a été donné par son oncle qui travaillait à Oran ) était ignoré de tous, même par les membres les plus proches de la famille et ne sera connu qu ?à la constitution du dossier scolaire.

Il n’avait pu entrer à l’école qu’à l’âge de 11 ans à Alger. Concevoir un enseignement n’était pas chose aisée en période de guerre et juste après l’indépendance.

Une fois le cycle primaire achevé, Lounis s’est dirigé vers le collège technologique de (Champ de manoeuvre ) où il a suivi une formation d’ébéniste, métier où il excelle et qui constituera durant longtemps un de ses loisirs favoris.

C’est vers la fin de l’année 1966 et le début de 1967 que le parcours artistique de Lounis a commencé dans l’émission (les chanteurs de demain : Ighenayen u zekka) animée par Chérif Kheddam. Il a participé avec sa première chanson intitulée Ma trud : si tu pleures.

Ma trud ula ad nek aktar

tzarzegd iyi ad dunit-iw

Am umesluv yakfa svar

deg zenkan yenza yexf-iw

Il faut également souligner que Lounis avait crée en compagnie d’autres jeunes, produits par l’émission (chanteurs de demain) un groupe qui portait le nom d’Imazighen. Le but du groupe était à la fois artistique, politique et idéologique mais qui n ?a pas duré longtemps.

Suite à cela, Lounis a quitté Alger et est reparti à son village où il y demeure toujours et qu’il ne quitte qu’en de rares occasions.

M.CHERIFI

*1- M’hamed Djellaoui - L’image poétique dans l’oeuvre de Lounis Ait-Menguellet)

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AÏT MENGUELLET
http://www.azawan.com/kabyle/menguellet/artistePres.htm

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tamazight 

Tikkelt tamezwarut i d-icna Ayt Mengellet di Radyu, 17 n ssna di lâammer-is, d aseggas 1967. Nnuba-yagi qqaren-as "Ighennayen Uzekka", d Ccrif Xeddam i tt-îttfen. Imiren i d-ighenna Lewnis Ma trud. Netta, yugh tanumi ittghenni netta d imeddukkal-is deg Ighil Bb°ammas, taddart-nni anda d-ikker... Maççi, yughal si ccna n tayri ar ccna nniven i d-ittawi ghef liêala deg nella: si ccna-nni ines tamezwarut Idaq wul iban-ed amek ittwali ddunit.

Maáççi d_tayri kan i_yettghenni, iwala amek tâicin lâibad, amek ttmeslayen ghef lihâla-nnsen. Lhâsun seg wasmi yebda ccna, atâs n tughac n tayri i d-ighenna, mi iwala tbeddel lâeqelya-s, iccna ghef ddunit. Cîtûh akken ighenna daghen ghef tayri, umaâna makken i d-issuffegh ccna-nni isem-is Tayri, imiren i s-ixdâ i ccna icban tagi. Ighenna-d daghen yiwet n taghect anda s-iqqar Qqim deg rebbi-w… netta i ugitâr-is umi la iheddêr. Seg wasmi d-issuffegh taghect-nni Aâli d Waâli i d-iwwi ghef imêhqqaren, akken akken awal-is, inejjer-it-id di tughac icban Agu negh Tibratin Atâs i d-iwwi ghef tegmatt d umennugh ger watmaten, si zik ar tura, d ayen i t-iceghben. Di lmaâna n wawal, ayen ifi d-iccna di taghect Lxuf, ighenna-d daghen fella-s di tughac-agi tineggura. Lewnis Ayt Mengellet isexdam awal, ittak-as lmaâna, maççi d asexlujêd kan i yesxlujûd. Awal iqqar-d ayen illan d wayen ur nelli negh ayen ara yilin, segmi Ayt Mengellet-agi qqaren-as medden d amusnaw.

Farida Aït Ferroukh

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C'était en 1967, Lounis Aït Menguellet avait tout juste dix-sept ans quand il passa pour la toute première fois dans une émission radio. C'était alors "les Artistes de demain" assurée par Cherif Kheddam. Notre jeune poète y interpréta Ma trud (Si tu pleures). Celui qui avait l'habitude de chanter entre copains sous le clair de lune d'Ighil Bwammas, son village natal, devient, en quelques mois, cet idole qui bouleverse les coeurs. La transition vers la chanson engagée n'est pas aussi brutale qu'on le dit : l'ébauche de ce que sera plus tard son oeuvre est esquissée dès la première chanson Idaq wul (le Coeur oppressé).

Plus tard, il rouvre le dossier de l'amour pour le clore avec Tayri (l'Amour). Dans l'intervalle, il se livre à un jeu de mots dans la chanson Qim deg rebbi-w (Mets-toi sur mes genoux !) s'adressant en fait à sa guitare. Il donne le ton à partir de la chanson Ali d waâli (Fin des années 70) qui retrace l'itinéraire d'un despote. Son style ira en s'affirmant avec des chansons fondatrices comme Agu (le Brouillard), Tibratin (Missives)... Certains thèmes comme la fraternité, la désunion utilisés dans ces titres seront repris plus tard. A titre d'exemple, les allégories déjà sollicitées dans Lxuf (la Peur) en 1981-1982 reviennent dans son dernier album. Aït Menguellet a chanté divers thèmes qui confèrent à sa poésie la totalité qui lui vaut d'être apprécié par tout le monde.

Farida Aït Ferroukh

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English

It was in 1967, Lounis Aït Menguellet was just seventeen years old when he appeared for the very first time in a radio show, "the Artists of tomorrow" animated by Cherif Kheddam. Our young poet interpreted Ma trud (if you cry). The one who was used to sing among friends under the moonlight of Ighil Bwammas, his native village, becomes, in a few months, this heartbreaking idol. The transition towards the "engaged" songs was smoother than what was said. What will be his future work has started to take shape in his first song Idaq wul (the oppressed heart).

Later, he reopens the file of the love to close it with Tayri (Love). Within this interval, he did a play on word in the song Qim deg rebbi-w (come on my lap) referring in fact to his guitar. He sets the tone starting from the song Ali d waâli (end of the Seventies) which recalls the itinerary of a despot. His style will continue with signature songs such as Agu (Fog), Tibratin (Letters)... Certain themes like fraternity, disunion used in these titles will be picked up later on. As an example, the allegories already used in Lxuf (Fear) in 1981-1982 reappeared in its last album. Aït Menguellet sang various topics giving his poetry a whole making it to be appreciated by everyone.

Farida Aït Ferroukh

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Lounis Aït Menguellet : Le ciseleur de vers
http://www.algerie-dz.com/article1068.html

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Il est plus enraciné que jamais dans les tréfonds de son pays. Le chanteur et poète Lounis Aït Menguellet est différent des autres artistes, nombreux, qui sont complètement déracinés et dont certains marchandent même leur personnalité et l’image du pays uniquement pour se faire offrir un titre de séjour dans l’Hexagone.

vendredi 3 septembre 2004.

Lounis Aït Menguellet reste l’inamovible interprète des rêves et le traducteur fidèle des réalités et du vécu de ses auditeurs.

L’ailleurs pour lui, c’est ici ; ce sont sa culture, sa langue, sa personnalité identitaire, et sa terre. Lors d’une tournée en France, raconte-t-il, une journaliste du Monde venue l’interviewer lui demande pourquoi il ne chantait pas en français. « J’ai ma propre langue madame ! » , lui répond-il. « Pourquoi êtes-vous en France alors ? », questionna-t-elle, encore. Lounis, solidement attaché à son pays et à sa culture, lui répond : « En France, j’ai un important public, et c’est pour lui que je suis là. Autrement , j’aurais visité la tour Eiffel et je serais rentré dans mon pays. » Les répliques étaient telles que la journaliste n’a pas publié l’interview, témoigne-t-il encore.

Après 37 ans de carrière, plus de 200 chansons produites et une notoriété bien établie, Lounis est toujours resté ce campagnard fier, ce montagnard au fort caractère, coulant des jours paisibles dans son village, Ighil Bouamas (Tizi Ouzou). « La vie au village n’est pas aussi ennuyeuse qu’on le pense. Le village où l’on est né présente des attraits que d’autres personnes ne peuvent pas voir. Le fait de me réveiller le matin et de voir la même montagne depuis que je suis né m’apporte toujours quelque chose. » De l’inspiration, de la réflexion, de la méditation, certainement. Et du recul par rapport à une actualité pressante, harcelante. La fin des années 1990 et le début de ce millénaire, il les a vécus dans la douleur. Des articles de presse enflammés contre sa personne, une regrettable diatribe avec le regretté chanteur Matoub Lounès, une invitation à controverse à la campagne du président Bouteflika en septembre 1999 ont meublé ses jours, lui, qui défend sa liberté de « vivre en homme à part entière », de mener sa vie de poète, et de créateur à l’écoute des pulsions de sa société, loin des considérations temporelles et des alliances conjoncturelles.

Lounis Aït Menguellet est tellement simple, entier et sans calculs qu’il ne songe jamais qu’il y a des pièges tendus et des plans à déjouer. Il ne laisse pas indifférent tant il impose le respect et que sa parole porte toujours, car il est demeuré invariablement lié à son entourage, à sa société, à son pays. Son incarcération en 1985 pour une sordide histoire de « détention d’armes de guerre » a duré 6 mois. Durant les années 1991 et 1992, dans un élan humanitaire et social, il organise des galas pour collecter des fonds pour la construction de châteaux d’eau à Ibarbachen (Barbacha), dans la région de Béjaïa. Généreuse initiative que nul artiste n’a songé à mettre en œuvre. Mais, au visionnaire, il est reproché paradoxalement son « manque d’engagement ».

« Sensible aux sensibilités »
Pour Lounis Aït Menguellet, les manifestations publiques « sont devenues tendancieuses. Dans le royaume de l’étiquetage et du catalogage », il ne peut s’empêcher d’éviter les colleurs d’étiquettes. Il s’explique : « Je suis sensible aux problèmes des gens et du pays, je suis également sensible aux sensibilités, mais sans que l’on soit catalogué. Car il arrive toujours qu’on vous reproche votre présence dans une manifestation et non pas dans une autre, parce que tout simplement, c’est tendancieux. » Le poète est libre de ses pensées, des dires. Ne s’empêche-t-il pas alors, tout en reconnaissant « les capacités extraordinaires » de son peuple, de débiter des vérités amères sur le même peuple.

La chanson Ayaqbayli est une pièce de l’histoire moderne du pays, une critique des féodalités, une dénonciation de l’aliénation culturelle et des rivalités dévastatrices. Beaucoup d’amertumes et de désillusions après un combat inachevé. Chaâlat agh tafath (éclairez-nous), s’était-il écrié, il y a plusieurs années. Le plus grand auteur algérien, Kateb Yacine, dans la préface à l’ouvrage Aït Menguellet chante de Tassadit Yacine, a écrit : « Incontestablement, Aït Menguellet est aujourd’hui notre plus grand poète. Lorsqu’il chante, que ce soit en Algérie ou dans l’émigration, c’est lui qui rassemble le plus large public : des foules frémissantes, des foules qui font peur aux forces de répression, ce qui lui a valu les provocations policières, les brimades, la prison. Il va droit au cœur, il touche, il bouleverse, il fustige les indifférents. » Observateur averti, il énonce des réalités et dénonce des injustices. Tout en posant des questions sur l’avenir, il se remet en question et interpelle les consciences. Le visionnaire n’a pas été écouté et l’on ramasse aujourd’hui les morceaux d’un édifice écroulé. L’illusoire union tant chantée s’est aujourd’hui effilochée.

Dans une Kabylie hyperpolitisée, Lounis , malgré lui, et grâce à sa stature, est un élément nodal. A travers lui seul, une lecture de son œuvre, l’on peut avoir le déroulé de la scène politique dans la région de Kabylie des deux dernières décennies ; les avancées, les stagnations et les régressions. Il récolte, néanmoins, abondamment de reproches. « Il essaie de se mettre toujours au-dessus de la mêlée », dit-on. Il dérange. N’est-ce pas sa raison d’être ? Aujourd’hui, le poète, n’a-t-il pas raison, au moment où « les agitateurs politiques » n’ont pas fait leur mea culpa. Pourtant, l’échec est patent. Il est loin le temps où il faisait sa formation en ébénisterie à Alger, une ville dans laquelle il était quasiment « honni » de s’exprimer en kabyle. Premières amères expériences d’un déni linguistique.

Retrait de la scène en 1991
C’était dans les années 1960. En 1991, après avoir atteint le firmament de la gloire, il songea carrément à se retirer de la scène. Dans un entretien publié en 1991 dans le n°1 de la revue Tinhinan (qui a cessé de paraître depuis), Aït Menguellet justifiait son intention d’arrêter de chanter : « Quand on commence à chanter, c’est parce qu’on a envie de s’exprimer. Par la suite, arrive un moment où cette envie devient un devoir. (...) La chanson s’est avérée une arme terrible, car elle a contribué à changer les choses. Je ne sais pas si je suis arrivé à apporter ma petite contribution mais je sais pertinemment que je l’ai fait en toute sincérité. A un certain tournant de l’histoire, on est quandmême parvenus à un résultat. Les choses ont changé. Je me suis dit que j’avais eu assez de leçons par le passé. Des gens avaient chanté avant moi, avaient été portés aux nues, adulés et puis d’un seul coup, ils ont été oubliés parce qu’ils n’ont pas su s’arrêter au bon moment. Je ne voudrais pas vivre le même cheminement. » L’ouverture démocratique du début des années 1990 a été indirectement un coup d’assommoir à la chanson contestataire tous azimuts ; des chanteurs sont oubliés et d’autres se sont fait oublier. Mais Lounis Aït Menguellet n’est pas uniquement chanteur ; il est surtout poète. C’est pour cette raison qu’il est toujours là, plus de 10 ans après ces déclarations.

Toujours porteur d’espoir
Aujourd’hui, à 54 ans, autant certains de ses titres sont d’un pessimisme débordant, autant l’artiste est toujours porteur d’espoir. Les cinq ans d’absence de la scène (de 1999 à 2004) ne l’ont pas coupé de son public. Il a eu à le vérifier le mois de juin dernier lors de sa production à la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou. Pour beaucoup de ses fans, c’était un virage difficile à prendre pour reprendre la ligne droite. Celle qu’il a tracée en commun avec son public. Les cinq années de rupture sont longues et pouvaient semer le doute dans les esprits d’un public sevré de spectacles, meurtri par la répression policière puis avachi par des déchirements fratricides. Cinq galas, l’un après l’autre, tous semblables ; qualité de l’auditoire, prestations de l’artiste et sentiment de satisfaction renouvelé et partagé. Belaïd, gérant des éditions musicales Izem, qui a apporté sa touche aux spectacles de Lounis Aït Menguellet, s’exclame : « Ce qui fait énormément plaisir, c’est la présence de jeunes de moins de 20 ans dans la salle. Cela prouve que la chanson à textes est toujours vivante. » Lounis Aït Menguellet, que nous avons suivi dans sa loge, est concentré, mais visiblement heureux. Il n’en demandait pas tant. Nous ne savions pas si l’on pouvait lui poser des questions au risque de le perturber.

Celui que l’on présente comme un personnage austère et inaccessible est finalement très modeste et très courtois. La surprise a été agréable. Il livre ses sentiments sur son come-back. « C’est extraordinaire ! La réaction du public m’a aidé et il n’y a pas eu réellement de perte de repères. C’est comme si mon dernier gala remonte à la semaine dernière. Il y a toujours de la constance dans le comportement du public. » Dans sa loge, des bouteilles d’eau sont déposées sur le sol, des thermos à café et des fruits sont posés dans un coin de la pièce. Le repas est toujours léger. Avant de monter sur scène, un chanteur amateur se produisait. Au bout de la troisième chanson, Lounis se lève et se rapproche de la scène. Il demande toujours à ses accompagnateurs qui veillent « à sa récupération et à son repos » l’état de l’ambiance dans la salle. C’est un rituel. Histoire de prendre la température de cette atmosphère joyeuse et festive. Il est crispé ; il a toujours le trac avant d’entrer sur scène, avoue-t-il. Le répertoire qu’il a proposé à ses spectateurs est tout un programme. Expression plutôt de ses perceptions des choses, ses appréhensions, ses espoirs et sa détermination à refléter les aspirations des siens. Sur scène, des décors nouveaux sont plantés ; des banderoles portant des extraits de ses chansons sont accrochées. Ahkim ur nsaa ara ahkim (pouvoir sans contre-pouvoir), Idul sanga anruh, (le chemin est long) Nekni swarach n ldzayer (nous, les enfants d’Algérie).

Aït Menguellet a délibérément choisi de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invite au public à une lecture et au sens. Aigri par la situation sociale et politique du pays, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts. Chanteur à textes, Lounis Aït Menguellet n’en n’a pas moins introduit une recherche musicale depuis que son fils Djaâffar, musicien, fait partie de son orchestre qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte).

Si Lounis écrit des vers et compose des airs, il parle peu. Son public l’admire. Il a besoin d’artistes comme lui, tout comme le ciel a besoin des étoiles. Aït Menguellet l’a si bien chanté.

Parcours
Lounis Aït Menguellet est né le 17 janvier 1954 à Ighil Bouammas où il vit toujours. Il est père de six enfants. Il a fait ses études en ébénisterie à Alger dans les années 1960. Ses premiers pas dans la chanson, il les fit à l’âge de 17 ans dans l’émission « Ighanayen ouzekka » (chanteurs de demain), une émission radiophonique (Chaîne II) animée par l’artiste Chérif Kheddam. Ce n’est qu’en 1973, après son service militaire qu’il effectua à Blida et à Constantine, qu’il se consacra profondément à la chanson. Lounis dit qu’il est incapable de donner le nombre exact de ses chansons, qui avoisinent les 200 titres. Lounis est son prénom de tous les jours (donné par sa grand-mère avant même sa naissance). A l’état civil, son oncle l’enregistre sous le prénom Abdennebi.

En 1985, dans le sillage de la création de la Ligue des droits de l’homme et l’arrestation de ses éléments, il est également arrêté pour une histoire montée de détention d’armes à feu. Il était pourtant connu pour être un collectionneur d’anciennes armes ayant servi durant la guerre de Libération. Il fera quand même six mois de prison.

La carrière de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture des textes. De nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre en tamazight, en arabe et en français.

Par Saïd Gada, El Watan

« Une propension à l’ignorance peut être nécessaire à la survie du poète » Jim Morrison (The Doors)

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Lounis Aït Menguellet, nouvel album "Yennad Umghar"
http://www.algerie-dz.com/article1493.html

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Le nouvel album Yennad Umghar (Le vieux sage a dit) du chanteur Lounis Aït Menguellet a laissé bonne impression chez le public mélomane. L’album, qui contient 6 titres de longue durée (le plus long est de 8’ 22 et le plus court est d’une durée de 4’08) en plus de 2 instrumentaux est d’une consistance poétique et littéraire telle que les œuvres du poète ont déjà captivé l’intérêt d’étudiants universitaires pour des travaux de recherche.

mercredi 26 janvier 2005.

Lounis, lui-même, a failli à sa tradition ; il a présenté son album devant la presse sous les conseils de son éditeur Izempro. Ses 40 ans de carrière ont indéniablement mené l’auteur à une composition de textes de référence. Pourtant, Lounis, à chaque fois qu’il entend un commentaire élogieux sur son œuvre, répond humblement : « Je ne prétends pas apporter des solutions aux problèmes. Je ne suis qu’un simple observateur. »

Mais, incontestablement, le titre le plus long Assendu n waman (Les brasseurs de vent) est la composition textuelle la plus parlante et qui contient des textes rebelles qui dénoncent à la fois les manipulateurs d’opinion qui ont un rang d’officiels, mais également, toutes les voix officieuses, partisanes, généralement adeptes de la politique politicienne. Lounis constate que les brasseurs de vent « viennent, promettent. Et reviennent, oublient. Et disent, c’est ainsi que se font les choses ». Nul acteur politique n’est épargné. C’est justement ce que certaines voix reprochent à Aït Menguellet ; son manque d’engagement. Il rétorque qu’il n’est pas chanteur engagé par vocation. Lui, il est humaniste, rebelle, observateur et porte-voix du Lumpen prolétariat, des voix écrasées par toutes sortes d’hégémonies. La profondeur de sa déception par le développement sociopolitique du pays est livrée par le poète dans le même album : « Chaque époque ramène ses coups. Qui passent tour à tour. Quelle peine nous a oubliés ? Les uns se souviennent, d’autres pas. Mais la tourmente a emporté. Les uns comme les autres. A quand le soupir. Qui sera salvateur. Qui, enfin, nous guérira. » Le chanteur interroge alors le sage, lui demandant : « Pourquoi le monde s’affole. L’erreur l’emporte sur le bon sens. Où s’arrête le fléau. Quand les hommes s’entretuent. »

Aït Menguellet garde son caractère d’universaliste, imprégné des valeurs humanistes, une sentinelle qui veille sur la mémoire et réveille les consciences enchaînées. Les textes de cet album suivent la même consistance de la composition poétique propre à Lounis. La densité des mots, la poésie révoltée, chantée par Aït Menguellet, le sage, le créateur, porte aussi un bel habillage musical taillé par le musicien Djaffar Aït Menguellet, fils du chanteur. Sa poésie est d’une déconcertante actualité, des repères sociologiques et historiques. Sa personnalité est d’une déroutante humilité. Et on lui prête toujours ce qu’il refuse d’assumer. « Je préfère être un fusible. Si la population ne veut pas de moi, je préfère m’effacer que de voir celle-ci disparaître », a-t-il toujours dit. C’est toute sa grandeur. Le sage a une nouvelle fois raison.

Par Saïd Gada, El Watan

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Lounis Aït Menguellet
http://matoub.kabylie.free.fr/ait-menguellet.htm

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Il est l'un des artistes les plus populaires de la chanson kabyle. Depuis 1967, date de sa première émission de radio à Alger où il interprète Ma trud , à l'invitation de Cherif Kheddam, Lounis Aït Menguellet manie la métaphore pour livrer ses réflexions sur l'Algérie, la culture et la tolérance.

Né en 1950 dans le village d'Ighil Bwammas près de Tizi Ouzou, Lounis Aït Menguellet se trouve à Paris au début des années soixante-dix où il s'est imposé comme l'une des grandes figures de la chanson dans l'émigration.

Il passe une première fois à l'Olympia en 1978, fait le plein au Zénith de Paris, dès 1985, et remplit les stades de Tizi Ouzou, de Béjaïa et la salle Atlas à Alger. L'artiste a longtemps été accompagné d'un seul instrument à corde (mandole et surtout guitare) et d'une percussion (derbouka). Trente cinq après, avec une guitare et des percussions, parfois une flûte et le plus souvent un clavier, il fait l'unanimité de plusieurs générations de fans séduits par le verbe du poète. Lounis Aït Menguellet a enregistré plus de cent cinquante chansons.

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Aït menguellet : "l'art, c'est d'abord la liberté"
http://www.tamurth.net/article.php3?id_article=226

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Il plaide pour la participation à l'année de l'Algérie en France

Le mercredi 22 janvier 2003.

L'espace Frantz-Fanon a accueilli, hier, une vingtaine d'artistes kabyles, essentiellement des chanteurs, venus dénoncer "la situation qui est faite à la culture en général et à la chanson en particulier dans la région".

Dans une déclaration préliminaire datée du 21 janvier et adoptée par le groupe qui a pris cette initiative, un certain nombre de vérités sont rappelées d'emblée. Ainsi y est-il dit, "il est de notoriété publique que les artistes kabyles ont été le fer de lance de tous les combats citoyens. Ils ont notamment contribué à l'éveil des consciences et à la sauvegarde de la mémoire collective".
La déclaration lue par l'artiste-peintre Arezki Larbi réaffirme, par ailleurs, que "conscients du combat pour la démocratie que mènent les citoyens de Kabylie, les artistes kabyles qui ont toujours été à l'avant-garde des luttes pour les libertés publiques ne peuvent qu'être aux côtés des citoyens. Plus que solidaires, ils se revendiquent du mouvement citoyen qui porte les aspirations légitimes du peuple algérien".
Faisant référence aux pressions que subit un certain nombre d'entre eux depuis quelque temps et qui visent à les faire taire, ils s'insurgent contre la "prise d'otage" dont ils sont victimes en même temps que leur public. Ouazib Mohand Ameziane nous dira avant le début de la conférence qu'ils comptent "faire cesser le terrorisme intellectuel et faire retrouver à l'artiste sa liberté".
Aït Menguellet investi du rôle de porte-parole de ce groupe composé, entre autres, de Hacène Ahrès, Khelloui Lounès, Brahim Tayeb, Si Moh, Ouazib et d'autres moins connus mais tous aussi convaincus de la nécessité de leur action, prend la parole pour aller droit au but : "J'ai lu un journal où il était dit que c'est ici qu'allait se décider la participation ou la non-participation des artistes kabyles à l'Année de l'Algérie en France. C'est faux. Ce n'est pas l'objet de cette rencontre. L'Année de l'Algérie en France nous sert de prétexte pour nous permettre de dénoncer l'éteignoir sous lequel on tente de nous placer, notre muselage, la mort programmée de la chanson et partant de la culture kabyle. Pour ma part, j'attendais de cette année de l'Algérie à Paris qu'elle me permette de faire ce que j'ai toujours fait, soit porter haut le flambeau de la chanson kabyle algérienne. En aucun cas, je n'ai eu en tête l'idée de représenter un pouvoir, un système, une politique."
Lounis estime que lorsqu'il y a des problèmes, et il y en a en Algérie, il faut en parler. Il trouve inconcevable que la chanson kabyle soit absente de Djazaïr 2003. "Il est possible que je me trompe sur le plan politique, dira-t-il, mais je défends le fait de dire, pas celui de se taire". L'Année de l'Algérie en France offre, estime Aït Menguellet, la possibilité de dénoncer les malaises de la Kabylie, de l'Algérie tout entière. Avec une colère contenue, Lounis dit que l'idée du boycott de cette manifestation lui est parvenue d'une manière diffuse. "On ne m'a jamais consulté. Je ne serais peut-être pas un artiste dans l'esprit de l'entité qui a décidé de cela. Une entité dont j'ignore la composante".
Il révèle qu'un chanteur auquel il n'a pas demandé l'autorisation de citer le nom a été formellement menacé de mort en cas de participation et que lui-même a reçu une mise en garde amicale de la part de Takfarinas qui lui aurait dit que ce coup-ci il avait 97 % de chances de couler définitivement ! Sous-entendu après les applaudissements prodigués à Bouteflika à Tizi Ouzou. "Mes arguments ont même fini par convaincre Takfarinas de la nécessité d'une participation des Kabyles à cette année mais ça n'a pas suffi à lui faire changer de position."
Concernant l'origine des pressions, Aït Menguellet est formel, elles ne viennent ni des partis politiques, a fortiori du RCD ou du FFS, ni du mouvement des archs. "Je fais moi-même partie du arch d'Iboudraren", précisera-t-il.
Les artistes qui se battent pour la libération des détenus de Kabylie voudraient, cependant, qu'on pense à les libérer eux-mêmes. Hacène Ahrès, une idole jeune mais confirmée, estimera, pour sa part, que cette conférence aurait dû se tenir il y a longtemps.
Cette action qui est une expression d'un ras-le-bol et qui pose les prémices d'un mouvement de révolte, estime Ahrès, fera en sorte qu'à l'avenir un artiste ne pourra plus jamais être assimilé à "un chewin-gum qu'on jette une fois le sucre qu'il contient épuisé". Il déplore, par ailleurs, que leurs aînés aient fait de la chanson un combat et que les chanteurs de sa génération soient obligés de combattre pour chanter. Devant un parterre plein, composé de journalistes et de nombreux hommes de culture venus en observateurs, Brahim Tayeb, un non-voyant qui a fait de la chanson son métier et qui tient à l'exercer en toute liberté, n'en dira pas moins. "Avant, rappelle-t-il, les conditions sécuritaires nous empêchaient de travailler, aujourd'hui,c'est le Printemps noir, le mouvement qui s'en est suivi et la nécessité de faire le deuil de nos morts qui nous entravent. La chanson n'exprime pas nécessairement la joie que je sache ! Elle dit tout et notamment cette douleur qu'une manifestation comme l'Année de l'Algérie en France aurait permis de porter à la connaissance du monde".
Si Moh, un énorme chanteur, n'ose pas de discours, ce n'est pas "son truc", il en a été de même pour Lounès Kheloui qui a tout de même tenu à dénoncer le fait de retrouver son nom sur une liste de boycotteurs.
L'ampleur de la colère de ces artistes décidés à monter au créneau n'a d'égale que leur coutumière réserve. Ceux qui connaissent la chanson kabyle auront constaté, en effet, qu'ils n'avaient pas face à eux des accrocs du mégaphone ou des tribunes politiques.
Un confrère de la Chaîne I demande à Aït Menguellet s'il ne craint pas demain d'être obligé de sortir, encore une fois, un album pour répondre aux détracteurs qui ne manqueront pas de se manifester après cette nouvelle sortie médiatique. "Pas question de sortir quoi que ce soit pour me justifier. J'assume. D'ailleurs il faut préciser que nous ne sommes pas là pour parler de l'Année de l'Algérie en France mais de liberté d'expression pour les artistes que nous sommes. Je continuerai à faire mon travail tout en disant ce que j'ai à dire au risque de voir mon intégrité physique menacée".
Liberté, liberté, liberté ! tel a été le credo des artistes venus dénoncer le bâillonnement dont ils sont les victimes, hier, à Riadh El-Feth.
L'idée de Ouazib de créer une association d'artistes kabyles semble déjà faire du chemin puisque le groupe qui a pris l'initiative de la réunion de ce 21 janvier 2003 est déterminé à s'élargir et à se battre jusqu'à ce que l'étau soit desserré.

Liberté 21/01/03

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Posté par Zighcult à 15:50 - Musique berbère - Permalien [#]