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Collation personnelle d'articles et d'adresses trouvées sur le net pour effectuer des recherches

vendredi 17 mars 2006

Denis Martinez

Denis Martinez

En avril 2005, lors de ses "Causeries", la librairie Mauguin à Blida avait invité Denis Martinez et projeté Ouine Machi (2003), un documentaire de Jean Phan et Dominique Devigne consacré aux dessins sur sable de l’artiste. En août, ce fut au tour de la librairie de Sarrant d’accueillir l’une de ses interventions éphémères, ainsi que la projection du film, en présence de Nourredine Saadi. Au printemps 2004, à l’initiative de l’association Marseille Migrations Méditerranée, une conférence-débat avait été consacrée à Denis Martinez en compagnie de l’écrivain et journaliste Arezki Metref. La rencontre s’était poursuivie avec une performance de l’artiste et une lecture-mise en espace de ses propres textes.

Chez Denis Martinez, des totems, talismans, figures et masques, ont longtemps balisé des parcours fléchés comme autant de cheminements initiatiques puisant, dans l’héritage de l’antiquité africaine et de l’artisanat maghrébin, les motifs d’un langage esthétique. Plus que "de simples clins d’oeil ou la marque d’une filiation culturelle", l’universitaire Nouredine Saadi voyait dans "ces juxtapositions de dessins, de surfaces peintes, de sculpto-peintures avec les bestiaires décorés, les oiseaux de poterie traditionnelle, les bijoux de cuir chaouïs ou targuis [...], une recherche esthétique qu’on apparenterait au "marcottage" : replanter dans l’arbre de la création une tige ancienne pour de nouvelles racines" (Alger, 1988).

Né en 1941 à Mers el-Hadjadj près d’Oran, Denis Martinez suit l’enseignement de l’Ecole des Beaux-Arts d’Alger, puis de Paris jusqu’en 1962, date à laquelle il est nommé professeur à celle d’Alger. Le plasticien réalise sa première exposition personnelle en 1964, à la Galerie 54 tenue par Jean Sénac, et participe en 1967 aux manifestations de l’éphémère groupe "Aouchem".
Professeur aux Beaux-Arts d’Alger jusqu’en 1993, Denis Martinez vit et travaille à Marseille.

  17 août 2005, "Intervention éphémère de Denis Martinez", Librairie de Sarrant, Place de l’église, 32120 Sarrant, Tel. : 05 62 65 09 51
  20 avril 2005, "Les Causeries blidéennes de la Librairie Mauguin", Blida
  14 mai 2004, Phalanstère, 17-19, rue Fauchier, Marseille
  12 septembre - 12 octobre 2003, "Jonctions", Friche la Belle de Mai, Marseille
  17 juillet - 24 août 2003, "Le XXème siècle dans l’art algérien", Orangerie du Sénat, Paris ; 4 avril - 15 juin 2003, Château Borély, Marseille
  25 avril - 29 juin 2003, Denis Martinez, "le désorientalisme", Musée des Beaux-Arts de Pau

Lire : Denis Martinez, peintre algérien
de Nourredine Saadi
(Alger/Manosque, Barzakh/Le Bec en l’Air, 2003)

El Watan du Samedi 6 Mars 2004

Blida - Librairie Mauguin
La ville des Roses, bouquet de Martinez

L'invité d'honneur du rendez-vous culturel et littéraire de la librairie Mauguin de Blida a été un certain Denis Martinez - Un grand peintre algérien, un Artiste !

Chaude était l'ambiance à l'intérieur de la librairie Mauguin, chaude par sa lumière feutrée, les rayonnages de livres pouvant emporter loin dans le temps, dans l'imaginaire ou dans l'espace, mais chaude aussi et surtout par la seule présence de Denis Martinez avec sa verve, sa gestuelle, son rire large et communicatif, sa joie à la vue d'anciens compagnons venus le voir et l'écouter ressasser ses souvenirs, déclamer des vérités pas faciles à accepter par tous ceux qui veulent mettre une étiquette sur chaque chose qui bouge, dire ce qu'il est devenu de l'autre côté de la mer.
«Peintre, algérien et peintre algérien» comme a voulu le préciser Sofiane Hadjadj, des éditions Barzakh qui accompagnait l'enfant de Blida.
Il était agréable d'entendre le peintre évoquer sa situation devant des Français qui s'étonnaient de son algérianité parce qu'il portait un nom sonnant européen alors qu'eux-mêmes s'appelaient Poniatowski, Sarkozy.
«Moi, je ne suis pas pied-noir mais citoyen algérien ! Et la citoyenneté s'apprend !», dira presque en colère celui qui a choisi à un certain moment d'être algérien.
L'itinéraire de l'artiste a été repris beaucoup plus pour goûter aux plaisirs de l'évocation : enfance à Marsa El Hadjadj, jeunesse à Blida puis à Alger, expériences diverses mêlées aux découvertes suivies de révoltes. «Venu du monde rural, la ville me semblait triste !»
Il le dira dans son intervention à une des nombreuses questions d'une nombreuse assistance buvant ses paroles et collée à son visage charmant - comme l'avouera une des étudiantes présentes : «Le livre est venu d'une idée de faire quelque chose de vivant, il ne raconte pas la vie d'un artiste, d'un citoyen mais en est le résultat ! Il y eut des individus et des lieux qui ont fait cet homme qui est là devant vous... on ne se fait pas seul.»
Son itinéraire sera aussi ce mélange de sabir : arabe, français, espagnol pendant que le français s'apprenait à l'école. Son entrée aux Beaux-Arts avait été un choc : «C'était un changement brutal avec cette rareté de jeunes de mon milieu et aussi très peu de musulmans. Parler en arabe alors étonnait les deux communautés comme cela m'étonnait qu'ils le soient aussi.»
Ses études supérieures à Paris lui ont permis de se frotter à de multiples nationalités : «J'ai réalisé que je n'existais pas ! C'était un déclic, une remise en cause individuelle devant toutes ces cultures. J'ai commencé à penser région - Maghreb, Afrique, multiplicité des identités. Il y aura le groupe Aouchem, le combat sur plusieurs fronts : cinéma populaire théâtre, musique.
Bahas - un percussionniste de Blida - appartient à la grande famille culturelle locale, régionale, nationale et il ne bénéficie d'aucune protection sociale !» C'est vrai que la personne citée, la soixantaine bien dépassée, ne dispose d'aucun revenu ou même de relations lui permettant de se produire régulièrement et, ainsi, disposer d'un revenu minimum. Il avait fait partie, en étant en tête, du premier train culturel en 1964, du temps de Ben Bella, rappellera Denis Martinez qui s'écriera : «Ce n'est pas parce que Bahas n'a pas les moyens intellectuels de défendre son art qu'il faudra le laisser choir !»
Évoquant tour à tour les panneaux du printemps de Blida puis «les dernières paroles d'un mur», il ressortira à la surface des anecdotes liées à ces événements propres à la ville de Blida, des flèches sympathiques et non celles de «l'humus de l'incertitude, de la fureur et de l'errance» comme il le dira pour illustrer une de ses expositions en France.
Sa dernière intervention sera une sorte d'hommage à Asselah : «Si j'ai trouvé tout de suite du travail à Aix-en-Provence, c'est grâce à Asselah, qui était déjà mort, mais avait sillonné les villes européennes à la recherche d'échanges : le poste d'enseignant à Aix était le fruit de cet effort du regretté.»
Sa sortie de la librairie Mauguin se faisait à regret, obligation d'un carnet de rencontres très chargé mais il marchait derrière Hadjadj qui le raccompagnait à Alger tout en mettant les derniers points avec Bahas pour la production du lendemain dans un spectacle monté par Denis à la mémoire des Asselah, à l'École supérieure des beaux-arts... Une autre féerie !

par A. Mekfouldji

Lien vers le site du journal El-Watan : http://www.elwatan.com

Lien vers le site des Editions Barzakh : http://www.barzakh-dz.com

  Liberté du Samedi 6 Mars 2004

Rencontre avec Denis Martinez
Retour aux sources

Denis Martinez, invité du café littéraire de l'association Chrysalide, mercredi dernier, au cercle Frantz Fanon de Ryad El Feth, nous a entretenu de l'ouvrage que lui a consacré Nouredine Saâdi.

En pèlerinage à Blida et Alger, les villes où il a passé le plus clair de sa vie, le peintre algérien Denis Martinez a été accueilli, mercredi soir, à la salle Frantz-Fanon (Riadh El-Feth) par l'association Chrysalide pour une causerie à propos du beau livre que vient de lui consacrer Nouredine Saâdi : "Denis Martinez, peintre algérien", sorti chez Le Bec en l'Air - Barzakh (2003). Cet ouvrage retrace le parcours du créateur du mouvement Aouchem, balisé de photographies, de reproductions de toiles et d'entretiens. Il se clôt sur les immenses oeuvres murales que Martinez a réalisées à Marseille (France), en terre d'"exil". Pour Sofiane Hadjadj, coéditeur de l'ouvrage, "la vie et le travail de l'artiste synthétisent quarante ans de vie intellectuelle algérienne. Et un engagement pédagogique à la croisée des arts".
Denis Martinez, joyeux malabar aux cheveux grisonnants et à la moustache ample, a toujours le mot pour rire. II le doit peut-être à son enfance bercée au rythme de la gasbah (flûte) sur les plaines de l'Ouest. Il a vu le jour en 1941, dans le petit village côtier de Marsa El-Hadjadj (Port-aux-poules) à quelques dizaines de kilomètres d'Oran. Quelques années plus tard, il se retrouve à Blida, puis débarque, à l'École des beaux-arts, où il découvre en parfait "boudjadi" (péquenaud), un monde nouveau. Mais pas forcément meilleur. II entend en fait un "son de cloche terrible : clivage entre Français et musulmans".
C'est alors qu'il choisit tout naturellement son camp. "J'appartenais mentalement au monde des musulmans. J'étais plus proche de Mekrouf et de Benhadda que n'importe qui d'autre." Dans l'Algérie indépendante, il utilise son attirail de peintre, en tant qu'enseignant, pour militer.
Militantisme politique, mais surtout "pédagogique" qui commence, d'abord, entre les murs des Beaux-Arts où était reconduit le "système colonial". Martinez opposait le "patrimoine populaire" aux toiles de Delacroix et de Dinet qui représentaient la peinture "officielle" de l'Algérie d'alors. Maintenant, il prêche "l'abâtardissement culturel". C'est-à-dire, "le fruit du croisement et d'échanges avec les autres visions". Où bien encore "l'ouverture permanente, mais sans perdre sa personnalité".
Dans les années 1990, au plus fort de la violence terroriste, Martinez quittait tristement sa terre natale, entraînant ses personnages, ses flèches, ses lézards et ses serpents vers un avenir incertain. Revient-il aujourd'hui enseigner à l'école qui l'a vu se muer en artiste ?
"Ah ! ben ammi, s'exclame-t-il, c'est sympa mais grave." En guise de réponse, il pose une énigme : "Revenir, serait pour moi un plaisir personnel. Mais ce n'est pas aussi simple que cela. Si je devais revenir ce ne serait pas de la même manière... "
Parle-t-il de la "manière" qui fait que l'État débourse, aujourd'hui, 20.000 DA par année pour former un étudiant des Beaux-Arts ? Énigme.

par Djamel Belayachi

Lien vers le site du journal Liberté : http://www.liberte-algerie.com/

denmart

Posté par Zighcult à 05:53 - Peintres-Galeries d'art - Permalien [#]