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mercredi 16 janvier 2008

RENCONTRE AVEC MARKUNDA

Lorsque nous avons contacté la chanteuse Markunda Aurès pour lui demander si elle accepterait de répondre à une intervew pour Tawalt , sa réponse a été immédiate , claire et chaleureuse. Elle acceptait avec un enthousiasme tout naturel de se prêter au jeu ...
Ce premier contact téléphonique confirmait notre admiration et nous laissait pressentir que sa générosité était à l’image de son talent ... Immense ....
Nous l’avons donc rencontrée , lumineuse et souriante , dans une petite brasserie parisienne ... c’était en juillet de l’année 2002 .

Bahia : Parlez nous de vous , de vos débuts , de ce qui vous a conduit à devenir chanteuse ...

Markunda Aurès : Le chant est ma passion . Je chante depuis que je suis toute petite .
Dans les Aurès on chante ennormément , parce que l’on sait que le chant est un support primordial de la culture orale . Alors , il me semble que j’ai toujours chanté ! Quand j’étais jeune , adolescente , on me conviait à chanter pendant les fêtes , les cérémonies ...
Puis le temps m’a conduit à partir, je suis venue à Paris pour suivre des études en psychologie. .

Bahia : Il me semble que vous avez beaucoup voyagé ...

Markunda Aurès : J’ai énnormément voyagé ! Et à une certaine époque de ma vie , ces voyages à travers le monde m’ont donné un grand recul qui m’a rapproché de ma culture et de mes origines . J’ai alors réalisé que ma musique , celle des Aurès , était très intéressante .
Ce fut une sorte de retour aux sources . C’est à ce moment là que j’ai commencé à travailler sur le chant , à collecter , à composer moi même , à reconstituer des vielles chansons , à restaurer en quelque sorte , plus d’une centaine de chants et du coup , j’ai eu envie d’enregistrer .
J’ai enregistré mon premier disque , Chants et rytmes Bèrbères des Aurès en 1986 .
Les débuts ont été un peu difficiles . Ma musique plaisait mais je n’avais pas de structure pour m’aider . Malgré cela j’ai chanté dans deux salles importantes à Paris , L’Olympia , et le Casino de paris ...

Bahia : Quelles sont les sources d’une motivation si profonde ?

Markunda Aurès : Ma culture est vieille de 3000 ans et je n’ai pas compris pourquoi on l’avait occultée depuis si longtemps . En chantant , je rend hommage à mon peuple Bèrbère , Chaoui , que je remercie profonfément d’avoir conservé jusqu’à nous cette beauté de la culture qui aurait pu disparaître . Grace à leur ténacité , à leur envie jalouse de conserver leur culture , ils nous ont permis de la faire connaître aujourd’hui .
Voilà pourquoi j’ai eu envie de reprendre le flambeau , parce que je suis dépositaire de la spécificité d’une musique très spéciale qui n’est pas connue dans le monde , et comme je suis une grande voyageuse , j’ai décidé de me battre , de travailler la musique des Aurès , qui est très ancienne et qui a su traverser le temps à l’abri de toute influence extérieure .

Bahia : Dans les premiers temps , quel a été l’accueil du public ?

Markunda Aurès : J’ai le sentiment d’avoir été une sorte de précurseur . Une des premières à faire découvrir cette musique au monde . En faisant mon premier disque , j’ai eu l’impression d’une explosion dans les Aurès . C’est une région réservée , un monde que l’on dit austère et secret qui avait coutume de garder sa musique pour lui .Tout à coup , j’ai explosé ! J’avais tellement accumulé depuis la nuit des temps une concentration de toute cette culture .
Tout mon peuple avait gardé , intacte, si longtemps, ses traditions , ses chants , c’était comme une sorte de refoulement . On a refoulé , tant et tant , qu’un jour , ça a explosé comme du pétrol ! Je pense que j’ai ouvert une porte aux jeunes chanteurs de ma région qui se sont sentis libres de se lancer . C’est en ce sens que je pense avoir été un précurseur .
En france , puisque c’est en france que je me trouvais alors, ma musique a été accueuillie avec beaucoup d’enthousiasme par la communauté Bèrbère , et les Francais aussi ont aimé découvrir cette musique si particulière , absoluement intemporelle .

Bahia : La musique est l’un des moyens les plus fort de transmettre une culture . A vos débuts aviez vous conscience de ce pouvoir que représentait le chant ?

Markunda Aurès : C’était déjà à mes yeux quelque chose d’extraordinaire d’aller ouvrir une brèche dans le monde secrêt des Aurès . J’avais conscience du fait que j’allais me faire entendre .
j’ai toujours ressenti très fort la puissance de l’oralité à laquelle mon peuple s’est accroché depuis des millénaires . Dans les Aurès et pour les Bèrbères en général , le chant est très important , pour les Chaouis , le chant est vital , parce que c’est un support de la mémoire et un moyen de la transmettre . Cette conscience de la portée du chant m’a été transmise par mes aïeux . J’ai reçu un héritage culturel fort que je veux préserver et transmettre.
C’est peut être pour cette raison que je chante du fond de mon âme .
Nous avons été empêchés de parler pendant longtemps . Aujourd’hui la parole jaillit ...

Propos recueuillis par Bahia Idrissi

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Posté par Zighcult à 00:28 - Musique berbère - Permalien [#]