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jeudi 6 octobre 2005

La montagne de Baya

ADRAR N BAYA

La Montagne de Baya sortie sur les écrans en décembre 97, dépasse la fiction et la légende berbère. Ce film est un témoignage historique sur la condition des résistants kabyles à l'époque coloniale. C'est aussi un formidable hommage à la femme algérienne.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur kabyle Azzedine MEDDOUR, nous raconte une légende inspirée de faits historiques. Baya, l'héroine, est à l'image de Fatma Msoumer qui vécue dans les années 1871, époque ou se situe l'action du film. Les Kabyles eurent à subir une répression sanglante par les colons français (exécutions massives, déportations à Cayenne et Calédonie). Fadhma N'soumer participa au maquis avec son célèbre frère Si Tahar et Si Lhaj Ammar.

L'histoire d'une vendetta, le combat d'une femme

Dans ce film des villageois se retouvent dépossédés de leurs terres et pourchassés par les officiers du sultan et les soldats français. Les Kabyles doivent s'acquitter d'un impôt de guerre. On coupe les oreilles de ceux qui restent sur leur terre sans avoir payés. Sur la route de l'exode, Baya, la fille du guide spirituelle assiste au meurtre de son mari par son rival de toujours l'officier du sultan.

Pour compenser le crime commis, le "Bach Aga" remet à la veuve une somme d'argent qui permettrait aux villagois de s'acquitter de l'impôt. Mais voilà que Baya veut respecter le code d'honneur et refuse d'y toucher. Elle se retrouve alors isolée au milieu des siens.

Réfugiée sur une montagne aride avec sa communauté elle s'efforcera de survivre avec le but secret de se venger.

Plusieurs collaborateurs du cinéaste ont perdu la vie

Une qualité esthétique émane de ce film. Les trois quart des scènes ont été prises en lumière matinale ou crépusculaire. Cela équivault à près de deux heures de tournage effectif par jour et tout ceci sans compter l ?attente des saisons très marquées en Kabylie. Il aura fallu plusieurs années de tournage. Ce film n'aura pas non plus échappé aux attentats. Plusieurs collaborateurs du cinéaste ont perdu la vie.

Troisième film indépendant après Machaho et Bab El Oued City, ce film en langue berbère a été sélectionné à la Mostra de Venise.


Le cinéaste : AZZEDINE MEDDOUR
Né à Sidi Aich le 8 mai 1947
Etudes de Lettres Françaises Univ. Alger
Etudes de cinéma V.G.I.K. Moscou
Réalisation TV Algérienne à partir de 78 puis E.N.P.A.
1993 Le chacal doré
1992 Djurdjura
1991 La légende de Tiklat
1985 Combien je vous aime (doc.)
1er prix au Festival Américain du Film à New York, section ?perspective ?
1980 Les Nouvelles Croisades (série)
1er prix au Festival du Caire, 2e prix Ouagadougou



Fiche technique :
Réal. : Azzedine Meddour
Scéna. : Azzedine Meddour & Jean-Pierre Dedo
Direct.de production : Aziz Abed
Producteur : Azzedine Meddour
Co-prod. : Imago, Caro-Line, UNIV & ENPA
Musique : Amine Kouider
Chants : Djurdjura
1h 50 mn - 1997 - France/Algérie

Fiche artistique :
Baya Djamila Amzal
Djendel Abdelrrahmane Debrane
Le vieux Belaïd Ali Ighil Ali
La vieille Aldja Ouardra Kessi
Saïd Kamel Abdelrrahmane
Le Bachagha Youcef Meziani
Taos Nora Aït Abdelmalek
Le petit Meziane Meziane Chebi
Le grand Meziane Fodil Hamla
Akli Mohand Oussalem Aït Ali
Mahmoud Dahmane Aïdrous
Envoyé du Bachagha Belaïd Belkacem


Commentaire:

L'humilité scientifique me contraint à apporter cette précision :

Fatma N'soumer n'a pas vécu en 1871. Elle avait "rendu l'âme" 14 années auparavant ; c'est-à-dire en 1857 à Tablat, dans une céllule.

L'Histoire de BAYA que relate le film ne concerne en aucun cas la Jeanne D'arc du djurdjura. Baya est une légende. Fatma N'Soumer est une réalité historique.

Fraternellement.

Halim AKLI


Synopsis :

Dans les montagnes de Kabylie au début du siècle. Les derniers groupes de résistance berbère ont cédé devant l'invasion française, les villageois ont été dépossédés de leurs terres et pourchassés... Certains d'entre eux réussissent à gagner une montagne aride qui deviendra leur lieu d'exil. Baya, fille du guide spirituel de la communauté, assiste au meurtre de son époux par son rival de toujours, Saïd, le fils du Bach-agha. Celui-ci lui remet une bourse de louis d'or. Baya refuse de remettre aux paysans cette somme qui pourtant leur permettrait de payer l'impôt de guerre et de récupérer leurs terres. Elle est isolée au milieu des siens, partagée entre son amour secret pour Djendel le guerrier-poète qui leur a donné refuge, et le sort de sa tribu.

Entre Djendel et Baya, n'est-ce pas l'opposition du réalisme et de l'instinct ?

Djendel est un samouraï qui fait partie de la caste des Djouad, la caste guerrière. A force de faire la guerre, il est fatigué des hommes et reviens à cette matrice qu'est la caverne. Il voit Baya agir et c'est finalement elle qui le ramène à l'amour et au combat. Baya n'est pas instinctive mais pure : fille d'un saint populaire, élevée dans le respect des valeurs. Plongée dans le chaos, elle cherche à retrouver ces valeurs. Ce sont ces êtres qui maintiennent l'équilibre du monde. Ils rappellent qu'on ne peut éternellement bafouer le respect de l'homme.

C'est là que vous placez l'actualité du film ?

Oui, le vrai conflit est entre les Algériens eux-mêmes. L'envahisseur français n'est que la répétition d'une histoire ancienne. La catalyseur est extérieur comme aujourd'hui l'Iran, le Soudan ou l'Arabie Saoudite mais on se tape dessus entre nous...

Pourquoi le recours au mythe ?

Baya n'est pas encore un mythe. Peut-être le deviendra-t-elle pour les Algériens. Notre société a profondément besoin de repères. 30 années de parti unique les ont laminé, mettant de côté les modèles fournis par le conte oral et la poésie. 1963 était un coup d'Etat : il proclamait un seul héros, le peuple. Et non ceux qui avaient fait sept ans de guerre. Le peuple servait de paravent pour prendre le pouvoir, et ceux qui ont fait la guerre de libération ont été mis de côté. Boudief en est un bon exemple, qui ne resurgit que 30 ans plus tard. Où une génération sans héros peut-elle trouver des modèles ? Elle va les chercher en Afghanistan et cela donne la situation actuelle !

Quand Baya dit à son fils Meziane « ton père savait faire tout cela », en appelez-vous à la généalogie pour dénouer la situation présente ?

Nous voudrions raconter des histoires avec des signes et des codes qui soient profondément de chez nous. Dans la culture nord-africaine, on éduque les enfants avec le conte. Baya indique les étapes initiatiques à son fils ; elle lui rappelle son père et la fidélité qu'elle conserve envers lui.

Cherchez-vous à affirmer une identité berbère ?

Aucunement : c'est un film algérien. Ce n'est pas parce qu'on prend une religion qu'on change d'ethnie : Arabophones et Berbérophones se côtoient. Ce n'est pas le film d'une région. Les rites que décrit le film se retrouvent dans toute l'Algérie et la Méditerranée.

Quel sens de l'honneur Baya revendique-t-elle ?

Baya a été humiliée et cherche à se laver de cette humiliation. Quand l'injustice règne, on cherche à se rendre justice soi-même. C'est moins une question d'honneur que de dignité. Aujourd'hui, les Algériens, sans être des Tarzans ou des Zorros, résistent en tentant d'affirmer leur dignité. Ce film, nous le vivons tous les jours en Algérie.

Ce qui nous ramène à cette explosion qui a emporté treize membres de l'équipe...

Oui, il y eut une telle identification pour l'équipe de tournage entre ce film et ce qui se passe en Algérie... Une telle coïncidence...

Les lumières du film sont crépusculaires ou de contre-jour : pourquoi ce choix ?

Le film est très violent et la lumière amène un contrepoint. Je voulais aussi retrouver la lumière douce de l'Algérie, et rompre avec le misérabilisme érigé en canon esthétique : retrouver avec des comédiens non-professionnels le charisme des visages et réagir à la réalité par le beau.

Le film sera-t-il diffusé à la télévision algérienne qui participe à la production ?

Bien sûr, après son exploitation en salles. Il est même question d'en faire une série, mais les moyens de la télévision restent limités. On le doublera aussi en arabe quand nous en aurons trouvé l'argent, mais le parc de cinémas s'est terriblement réduit.

Quelles sont les perspectives du cinéma en Algérie ?

La dévaluation du dinar rend les choses très difficiles : la dotation appréciable du ministère ne couvrait que l'achat de la pellicule... En dehors du système d'Etat, nous ne pouvons pas rentabiliser nos films sur le marché intérieur. Le risque est de flatter tous les clichés créés par le cinéma colonial et la société occidentale. Notre démarche est bien sûr inverse : parler de nous comme on nous a jamais regardés pour reprendre possession de notre propre image. Nous espérons que l'Autre sera surpris et s'y intéressera.

propos recueillis par Olivier Barlet


En Kabylie, au début du siècle, un village entier doit fuir l'oppression française. Une femme, Baya, refuse l'affront d'une coutume : un seigneur féodal, meurtrier de son mari, lui offre une bourse de Louis d'or, la ddiya, le prix du sang versé. Sa communauté paysanne voudrait que l'argent serve à payer l'impôt de guerre pour récupérer ses terres. Baya incarne ainsi l'obstination infatigable d'une certaine forme d'honneur. Au-delà de ce qu'on appelle la permanence berbère, cette capacité à résister en restant fidèle à ses traditions, sa langue et son système de pensée, l'intransigeance de Baya a valeur d'exemple pour tout un peuple : c'est bien à l'Algérie contemporaine que s'adresse Azzedine Meddour dans cette fable située presque un siècle en arrière.

En un puissant écho à la détermination de Baya, les paysans sauront « réveiller la terre » d'une montagne aride en y montant des milliers de fûts de terre fertile et en y construisant un village perché. La Montagne de Baya est ainsi un hymne à la résistance, au courage et à la persévérance. Les rites et les références ancestrales n'y sont pas l'expression d'un folklore mais une exorcisation par le mythe des forces du mal qui ravagent l'être humain. Fille de chef spirituel, Baya lutte pour la survie de valeurs essentielles, au risque d'imposer aux siens de douloureux sacrifices. La presse algérienne ne s'y est pas trompée, qui célèbre dans le film présenté en novembre à Alger un véritable ressourcement.

Sans doute l'émotion jouait-elle aussi son rôle, tant les déboires du tournage ont collé à la triste actualité. Les interruptions perpétuelles pour cause de manque d'argent ou de sécurité et la terrible explosion aux allures d'attentat qui a emporté treize membres de l'équipe auraient pu pousser le réalisateur à l'abandon. Mais tous l'ont soutenu pour terminer le film, accentuant la fusion entre la réalité et la fiction.

C'est ainsi que, comme La Colline oubliée, ce film ne s'impose pas par ses qualités cinématographiques mais par sa nécessité. Son message est loin de nous être inutile ! La ténacité qu'il développe agit comme une bouffée d'oxygène pour retrouver des repères : mémoire, généalogie et mythe restent les marques nécessaires contre les atteintes à l'humain et les scandales du destin.

Article d'Olivier Barlet


Meddour Azzedine | Réalisateur | Algérie  

Né en 1947 à Sidi Aich en Algérie (cinéaste algérien - 1947-2000), il étudie pendant sept ans à l'école de cinéma de Moscou (VGIK). Dès son retour en Algérie, il rejoint la RTA où il réalise de nombreux courts métrages et documentaires, notamment la série sur les luttes de libération dans le monde : Le Colonialisme sans empire (1978). Sa dernière œuvre est l'épisode Douleur muette, qu'il a réalisée pour le documentaire collectif L'Autre Algérie : regards intérieurs (1998). Long métrage : La Montagne de Baya / Djebel Baya (1997).

Extrait d'article au sujet de Maddour Azzedine et de son film:

le cas tragique de feu Azzeddine Meddour, grand cinéaste algérien, mort à la fleur de l'age, avec qui j'ai eu l'honneur et le plaisir de discuter une seule fois dans ma vie, à la fin de la première projection de son film « La montagne de Baya » à la cinémathèque d'Alger. Au bout d'une demi-heure, nous avions tellement sympathisé que nous nous sommes promis de nous revoir. Mais le destin et la bêtise humaine ont fait que je devrais attendre l'au-delà pour le rencontrer de nouveau.

Je connaissais, en fait, Azzeddine Meddour de nom et de réputation bien avant de le voir en chair et en os. Je savais qu'il avait perdu beaucoup de ses collègues et amis, morts suite à une explosion survenue pendant le tournage de « La montagne de Baya » en Kabylie. Je savais que, par la force des choses, il avait arrêté de tourner son film avant de le reprendre avec courage, en hommage à ses amis disparus. Et j'ai fini par savoir que le directeur général de l'Entreprise nationale de production audiovisuelle (ENPA) - juste avant sa dissolution...- qui venait d'être nommé à la place de l'ancien DG (relevé brutalement de ses fonctions pour avoir collaboré avec Azzeddine Meddour) et qui recevait ses ordres du directeur de la communication audiovisuelle du ministère de la communication et de la culture l'avait officiellement empêcher de terminer le traitement technique de son film à l'étranger, sous prétexte que ladite ENPA et l'Entreprise nationale de télévision (ENTV) détenaient 60% des droits du film... Les autres 40% étant détenues par une société cinématographique privée de droit français. Azzeddine Meddour voulait absolument que le film « La montagne de Baya » soit prêt pour représenter l'Algérie au festival de Venise, mais l'ENPA persistait à lui trouver les prétextes les plus absurdes pour l'en empêcher. Il s'est avéré par la suite que l'ASP (assistant pour la prévention et la sécurité) en poste dans cette entreprise et dépendant du DRS avait eu un role déterminant dans cette triste affaire en jouant à l'espion de bas étage au service des clans les plus régionalistes et les plus rétrogrades du régime qui voulaient absolument empêcher la sortie du film « La montagne de Baya »...

Après une lutte acharnée et une médiatisation salvatrice de son drame, Azzeddine Meddour finit par avoir une copie de son film. Mais il est mort peu de temps après, victime de la bêtise, de la médiocrité et de l'hypocrisie qui ne cessent d'ailleurs de s'ériger en tutrices de tout un peuple.


Hommage:

BOUZEGUENE (Algérie)
Hommage à l'équipe de La Montagne de Baya
Le:  05 Juillet 2004 


A l'initiative du cercle culturel Igelfan de Bouzeguène, deux journéescommémoratives et cinématographiques ont été organisées au centre culturel duchef-lieu pour rendre hommage à Ouardia Kessi nna Aldja, la doyenne de la tribu dans le film de Azzeddine Meddour La Montagne de Baya.


Djamila Amzal : un visa pour la vie

Jeanne LLABRES
L'Humanité du 13 mai 1998

Être actrice et berbère. Pas facile dans l'Algérie d'aujourd'hui. Après des études de génie civil, Djamila Amzal devait être ingénieur, dans sa région natale de Kabylie. Rien ne laissait présager qu'on vit un jour le nom de cette belle femme brune, aux yeux félins, sur l'affiche de deux films. Pourtant, la vie et un farouche désir de la boire jusqu'à la lie ont fait d'elle l'interprète principale des deux premières oeuvres en langue berbère- tournées en Kabylie - de l'histoire du cinéma. Djamila Amzal est une pionnière, au vrai sens du terme. « La Colline oubliée », d'Abderrahmane Bouguermouth, achevé en 1994 (diffusé en France en 1997), et « la Montagne de Baya » d'Azzedine Meddour, sortie récemment sur les écrans français, l'ont propulsée sur le devant de la scène et l'ont consacrée femme phare, figure emblématique de la femme Kabyle de toujours. Comme une étoile, Djamila brille désormais de tous ses feux au firmament de Kabylie, bercée par les youyous approbateurs de ses soeurs qui, en elle, ont reconnu leur âme.

Un rôle difficile à assumer pour une jeune femme d'une trentaine d'années qui ne connaissait rien, voilà cinq ans, des coulisses du septième art. Mais dans « la Montagne de Baya » - notamment -, Djamila a su, avec le brio et l'élégance qu'imposait le rôle, se fondre dans l'histoire de son pays, la porter sur ses épaules comme la jeune Baya charriant la terre fertile jusqu'au sommet des montagnes à la seule force de ses poignets... Baya qui, à la fin du siècle dernier, se bat et résiste face à l'armée du Bach-Agha, dignitaire algérien nommé par les Français pour faire régner l'ordre colonial dans les régions les plus reculées. Le personnage fait écho à celui, véridique, de Fadhma n'Soumeur, que les Français avaient surnommée la « Jeanne d'arc berbère ». « Dans l'histoire de l'Algérie, à travers les siècles, il a toujours existé des femmes à l'image de Baya: Sophonisbe, Fadhma n'Soumeur, la Kahina et d'autres encore... Baya nous hante, car elle décharge l'inconscient collectif lorsque règnent le désarroi, le chaos et l'injustice », explique Azzedine Meddour.

C'est ainsi que l'histoire de Djamila a définitivement rejoint celle de l'Algérie, « celle d'un peuple qui s'acharne à continuer de vivre, à arracher la vie au moment où la vie n'existe plus », raconte la jeune femme. « Surtout, insiste-t-elle, je souhaitais de tout coeur participer aux premiers films berbères. La Kabylie, c'est toute mon enfance, une région montagneuse, avec de belles rivières, du soleil, de la neige et même la mer qui n'est pas très loin. Les filles y sont toutes instruites. Ce n'est plus comme il y a soixante ans, lorsqu'on leur refusait le droit d'apprendre... » Tiferdoud, « plus joli qu'une fleur qui pousse dans la montagne », c'est le nom de son village, à cinquante kilomètres de Tizi Ouzou. Les Français l'avaient chichement rebaptisé Michelet. Tiferdoud, Tizi Ouzou, des noms qui, comme autant de rayons de soleil, illuminent les yeux noirs de Djamila et font frémir la commissure de ses lèvres.

Elle qui avait une situation, qui se sentait bien auprès des siens, a voulu - comme un défi qu'on se lance à soi-même - et parce que « nous avons le devoir de faire quelque chose », forcer encore plus loin l'aventure, gravir les montagnes d'intolérance, braver les obstacles de tous ordres, agrandir l'horizon de sa vie. « La Kabylie ne me suffit pas », avoue-t-elle simplement. Rien d'étonnant, alors, si elle a tout mis en oeuvre, tout fait, pour jouer ces deux rôles. « Il y a eu les nombreux castings, les sélections, puis, des jours durant, l'apprentissage du travail d'acteur. Je voulais vraiment faire chacun de ces films, c'était très important pour moi... » Chaque tournage a duré, en moyenne, deux ans et demi. Les connaisseurs apprécieront. « C'est très long, mais je n'ai pas vu le temps passer », explique Djamila.

L'histoire de la Kabylie d'hier que conte Azzedine Meddour et celle de l'Algérie d'aujourd'hui se confondent dans leur refus de l'ignominie, la résistance à l'intolérance. Djamila le sait qui brandit le personnage de Baya comme un étendard, une ode à la liberté. Car dans le drame que vit son pays, « le miracle » est que « la Montagne de Baya », après bien des péripéties, des tracasseries administratives et sous la menace intégriste, ait finalement pu voir le jour. Pourtant, malgré les précautions, les reports de tournage, en décembre 1995, l'explosion d'une caisse de munitions a décimé treize membres de l'équipe. « Malgré tout, je suis heureuse d'avoir fait ces films, j'ai découvert un métier, le cinéma... », murmure-t-elle, la voix tremblante d'émotion.

Venue en France quelques mois, pour travailler sur le montage du film et en assurer la promotion, Djamila refuse de parler d'exil : « Je ne m'exilerai jamais, je ne vais pas attendre ici que les choses se règlent. Simplement, lorsqu'on est menacé de mort, on doit pouvoir se réfugier. C'est un visa pour la vie et non un visa pour la France ou pour un autre pays que les gens demandent. » Lorsqu'on l'interroge sur les raisons historiques qui, selon elle, ont conduit l'Algérie au drame actuel, elle précise : « Reconstruire un pays comme l'Algérie, en trente ans, est difficile. La colonisation n'est pas si loin. D'autre part, je pense qu'il y a eu le laisser-aller de beaucoup de personnes, des intellectuels comme des gens au pouvoir. Installés dans leur fauteuil, ils ne veulent plus le quitter. Et puis, lorsqu'on ne laisse pas les gens s'exprimer, un jour ou l'autre ils explosent et ça vire presque à l'irréparable. » En attendant qu'on trouve le moyen d'éradiquer la menace intégriste et que l'Algérie retrouve la paix, la justice, devienne un pays démocratique, Djamila scrute insatiablement l'avenir : « Il nous faut continuer de vivre, essayer de 'voler' des choses, devenir médecin, professeur, faire un film, écrire une chanson. Voilà, on a trente ans. »

Posté par Zighcult à 09:19 - Films - Permalien [#]