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vendredi 24 juin 2005

Au pays de Zineddine Zidane

Reportage Liberté (Edition du 18/12/2003)

Le génie de Zineddine Zidane a pour racines un petit hameau de la région de Tichy. Entre montagnes joliment boisées et gorges profondes, notre reporter a parcouru ce territoire des archs Ath Slimane et Ath Bimoune qui partagent une même culture et une même histoire. Retour à Aguemoune, source de talents.

Pour ce petit pèlerinage au village d'origine de l'actuel meilleur joueur du monde, c'est Samir, un cousin du champion, qui nous sert aimablement de guide. Pour se rendre au coeur du pays de Zidane, il faut quitter Béjaïa vers Tichy, la fameuse station balnéaire, et prendre un chemin de montagne qui serpente au milieu d'une végétation luxuriante pour grimper jusqu'à Aguemoune, le lieu-dit qui a vu naître les parents de l'artiste du ballon rond qui n'en finit pas d'émerveiller le monde. C'est un pays de montagnes joliment boisées et de gorges profondes. Le territoire des aârchs des Ath Slimane et des Ath Bimoune est séparé par une rivière, Assif n'Taghzouyt, mais les aârchs sont unis par une même culture et une même histoire. Les Zidane forment ici une très grande famille et ont essaimé à travers les quatre coins d'Algérie et de France.

Première halte à Taguemount, petit village au bord de la route. Nous rencontrons Rabah, le cousin de Zizou. Il nous attendait. Un coup de fil d'Italie ( ! ) l'avait, quelques minutes auparavant, averti de notre arrivée. Visiblement, les nouvelles vont vite ici, même si on a l'habitude de recevoir des reporters et des télévisions étrangères qui veulent en savoir un peu plus sur le pays qui a enfanté ce pur talent nommé Zinedine Zidane. Rabah, 39 ans, chômeur de son état, s'occupe des affaires familiales des nombreux parents émigrés en France ou ailleurs. Il nous reçoit avec beaucoup d'amabilité et se réjouit de satisfaire notre curiosité. Le café où nous nous attablons autour d'une verveine chaude annonce déjà la couleur : les murs sont tapissés de posters et de portraits de l'enfant prodige du pays. Sept au total. L'un des posters est dédicacé de la main même de Zizou à son cousin Rabah et à sa famille. Un trophée qui vaut son pesant de fierté. De cette fierté qui se lit dans le regard de notre hôte quand il parle de Zizou. Le café, un grand garage aménagé, fait salle comble chaque fois que le maître joue avec l'équipe de France ou le Real de Madrid. Mais si, pour une raison ou une autre, il ne figure pas sur la feuille de match, chacun vaque normalement à ses affaires dans l'indifférence générale.

Nostalgie et souvenirs
Rabah se rappelle avec nostalgie du temps où Zizou jouait en toute camaraderie des matches de foot avec ses copains du village. Il avait alors 14 ans et était déjà fort bien bâti pour son âge. Sur un bout de terrain vague qui n'avait de stade que le nom, on jouait alors aux petits bois. Zidane jouait seul contre le reste de la troupe et il s'amusait à les dribbler avec de grands éclats de rire. Les frères de Zinedine sont également d'excellents footballeurs qui adoraient taquiner la balle quand ils venaient au bled. Dans la famille, même si on a fait sa vie ailleurs, on n'oublie pas pour autant le pays. Farid a fait son service militaire en Algérie et Djamel a passé six mois au village en 1987. Zizou, nous dit Rabah, a la double nationalité et deux passeports. Il n'a jamais renoncé à ce pays qu'il aime passionnément et ne rate pas une occasion de rappeler avec fierté ses origines. S'il ne vient plus au pays, c'est à cause, d'une part, d'un emploi du temps surchargé et, d'autre part, de cette satanée instabilité qui vous fait envisager le pire aussitôt débarqué.

Zizou n'a pas mis les pieds ici depuis 1986, mais il n'a pas pour autant oublié les siens. Il a envoyé par deux fois un container plein de vêtements à distribuer aux gens de toute la commune. Il n'a pas non plus oublié son pays. Il a régulièrement envoyé des dons et de l'aide aux régions d'Algérie touchées par des sinistres. Sans publicité ni tapage médiatique, à l'image de la discrétion légendaire qui caractérise le personnage.

Ammi Smaïl, le papa de Zinedine, lui, revient régulièrement au bled. Trois à quatre fois par an au minimum. En ce moment, nous dit Rabah, il se trouve en Espagne sur invitation de son champion de fils qui fête son sacre de meilleur joueur du monde. Après l'Espagne, Ammi Smaïl, qui garde de profondes attaches avec le pays qui l'a vu naître, viendra voir où en sont les travaux de la maison qu'il se fait construire à Aguemoune. Aguemoune, le village d'origine de Zinedine Zidane, est un petit hameau perché sur le sommet d'une colline. Il offre à la vue un paysage tourmenté de pics montagneux et de profonds ravins où coulent des oueds en crue. Il y règne un calme plat à peine troublé par une poignée d'ouvriers qui rafistolent la route qui mène à la maison de Ammi Smaïl. À côté de la villa en construction de la famille Zidane, l'ancienne maison familiale est encore debout. Le patriarche de la famille a tenu à la restaurer et à la garder telle quelle comme le témoignage authentique d'une époque révolue. Comme toutes les maisons traditionnelles kabyles, la modeste masure aux tuiles et briques rouges, est composée d'une seule pièce où se réunissait la famille, d'une petite étable, "adaynine", pour les bêtes et d'une remise, "taâricht", qui servait de fourre-tout et de grenier.

Le hameau endormi
Dans le village, d'une trentaine de maisons dont certaines sont en ruines, il ne subsiste plus qu'une quinzaine de familles actuellement occupées au ramassage des olives. Le reste a émigré vers des cieux plus cléments, en France ou ailleurs. Aguemoune, nous raconte Rabah, ne se réveille de sa léthargie séculaire que pendant les grandes vacances ou durant la sacro-sainte période de la cueillette des olives. Car ici, comme dans tous les patelins kabyles, c'est l'huile d'olive plus que le sang qui coule dans les veines.

Ammi Smaïl se construit une coquette villa. Un jour, pour sûr, sa nombreuse progéniture et sa star de fils viendront y passer des vacances et retrouver leurs racines. La grande terrasse qui coiffe la construction offre de tous côtés un magnifique panorama. Cinq grandes tables attendent de revêtir leur marbre en prévision des soirées familiales ou pour recevoir amis et invités de passage. En attendant, les travaux vont bon train, et les ouvriers s'affairent aux finitions. Dans la cour de la villa, Ammi Smaïl, un homme qui, décidément, adore les symboles forts, a tenu à sauvegarder un vieux figuier. Il fait tout le charme de la maison. Pour la petite histoire, une équipe de TF1, venue en reportage, en a apprécié les fruits et les journalistes français ont avoué n'avoir jamais goûté de figues aussi succulentes.

Au retour, Samir nous invite gracieusement dans son verger. Il tient absolument à nous offrir la fameuse orange de Taghzouyt dont on parle tant dans la région. C'est un fruit juteux, sucré et délicatement parfumé. Un pur produit du terroir qui, s'il venait à être exporté, connaîtrait un succès planétaire. Comme Zizou, assurément.

Djamel Alilat
10/10/2003

Source:

http://www.amazigh-quebec.org/wwwpages/rubrique.asp

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