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jeudi 16 mars 2006

Panorama de la poésie maghrébine de langue française

par Claude Raynaud
Copyright © Centre Culturel Arabe 2005

 



 
On ne traitera que de quelques aspects de la poésie maghrébine. De même qu'on ne citera que quelques noms de poètes en essayant de dévoiler les traces multiples de certaines voix singulières dans le concert des littératures.

 
La poésie marocaine s'est inventée dans le contact des langues française, arabe, berbère par des échanges réciproques entre oralité et écriture.
 
Cela dit, on peut affirmer que la poésie de langue française est née, au Maroc, sous l'influence de la revue " Souffles ", fondée en 1966 par Abdellatif Laâbi, rejoint par d'autres écrivains fondateurs comme Mohammed Khaïr-Eddine, Abdelkebir Khatibi, Mohammed Loakira, Moustafa Nissaboury, Tahar Ben Jelloun, etc.
 
Les années 1964-66 s'annoncent, sur le plan littéraire, comme celles d'une rupture d'avec l'écriture classique ou le ronronnement sécurisant.
 
La revue " Souffles " a véritablement forcé le destin, a fait éclater les vielles normes et habitudes, a révélé de jeunes talents au langage vrai, sans faux-semblants : poésie éclatée, poésie de flashs, de coups de poing, plongée dans les profondeurs, afin de dévoiler " l'aigreur profonde " - Khaïr-Eddine intitulera un de ses récits " Moi l'Aigre " (1970) - ou encore le drame d'une jeunesse désemparée, en réaction contre les scléroses et les conservatismes. L'influence de Laâbi sera grande sur une génération d'écrivains confrontés aux réalités sociales et politiques de l'heure, aux exigences de la parole et de la vérité à dire, à l'urgence des expressions nouvelles afin de secouer les résignés.
 
Certains écrivains sont d'idéologie marxiste (ce qui explique leur emprisonnement), d'autres se cherchent. La poésie marocaine sera donc d'abord une poésie de combat, engagée dans la libération de l'homme. A cet effet, l'écriture de Laâbi est une des plus caractéristiques du groupe " Souffles " : dans la langue nouvelle qu'il s'est inventée, ses poésies sont de véritables délires textuels, son écriture est de la densité du plomb. Les mots, les silences entre les mots, entre les phrases et dans les phrases, sont des flèches. Parfois l'absence de grammaticalité du texte réside dans l'accumulation de phrases nominales qui produisent une accélération du discours.
 
" le corps
la source
érections
digestion de feu
tout le corps
dans le corps
il sort de mon corps de quoi pulvériser des cités
tout en éclats
en massues
en fléchettes
mon corps
lumière
non
pas lumière
(je n'aime pas ce mot)
rayon
oui
rayon détonant
le corps en branle
et gicle l'acte
générateur
en chantier de vies ".
 
" Vie urgente ", dans " Le règne de la barbarie ", Seuil, 1980.
 
André Laude écrivait en 1987, dans la revue " Albatros " : " Comme autrefois Rabelais, comme hier Aimé Césaire, le français d'A. Laâbi nous tombe sur la gueule comme un obus rouge ". L'auteur imprime à son écriture le souffle même de son corps, le cri strident de sa révolte.
 
" me voilà ici,
présent là
velu de nuit
hérissé de guêpes
avec cette fragrance de muscles
comme une ossature de chameau
prêt à bondir sur la route
en un jappement
regardez donc si mes seins
ne bourgeonnent de maléfices
mais qu'on me laisse quelques veinules
seulement quelques nerfs
rien qu'un doigt
et je retracerai sur mon parchemin
une nouvelle cosmogonie
dans l'harmonie totale de ses éléments
entendez donc le choc des idiomes
dans ma bouche
la soif des naissances
entendez le clapotis des sueurs
sous mes aisselles
la course des biceps
poussée de ma faune intérieure
bonds de cavernes
plume ensanglantée
ma tête sur chaque muraille
la chevauchée de mon souffle éjectant des planètes dans ses éruptions
me voilà
torrentiel à mon déluge
me labourant les angles
les cratères oubliés à mon incandescence
moi Atlas
zébré de soleil
à peuplades diurnes
récoltant dans mes chutes et mes gorges
l'écume piaffante d'un devenir
demandez aux vautours le goût de mon venin
callosité de serres
ma grille de malédictions
proférateur je suis
édifiant à l'insoumission
un royaume
collier de guêpes
à ma gorge de terre
c'est mon atroce lucidité
comme un miroir
rouillé de souvenirs
où vient cogner l'histoire
maintenant je sais de quel pouvoir je suis investi
des peuples parcourent ma langue
quand nuit de flammes
édifie le silence
à coup de pilon
j'invente des berceuses
 
c'est mon atroce lucidité
qui ébouriffe ma voix
au rythme des caravanes
c'est mon atroce lucidité
qui me taille un âge
à la dimension du désert
maintenant
j'ai besoin de dégueuler
des strates de narcotiques
et fumée de fumier
mots de raison pâles comme une tisane
je jette ces livres où j'ai appris l'orgueil ".
 
A. Laâbi, " Œil de talisman ", dans " Le règne de la barbarie ", Seuil, 1980.
 
L'un des mérites de cette poésie est d'être à la fois un dire et un vivre. Profondément enracinée dans le vécu, elle cherche à le métamorphoser par un bouleversement des langages mêmes qui la parcourent.
 
Renouveau de la poésie et poésie de combat, je le disais plus haut, dans cet état :
 
" quant à vous
poètes de ces temps de lucre
vendeurs de poésie
en petites tranches d'émotion
en petits sachets d'érotisme
mystiques à cœur de fausset
n'arrivant pas à la cheville d'Al Hallaj
grands démissionnaires de la lutte de nos peuples
vous
camouflant votre impuissance
derrière les théories ronflantes du Grand Art
complexés jusqu'à la moelle
par les reflets vacillants
d'une littérature qui se meurt
sur les rives de la Seine
ou de la Tamise
j'empaille vos écritures
dans le musée de mes anciennes illusions
et je tends la main
à mes frères combattants
ceux qui comme Maïakovski
et Nazim Hikmet
savent de quel tocsin les mots sont capables
quelle terrible vérité et quel amour véhicule le poème
quand c'est le peuple qui le dicte ".
 
A. Laâbi, " Albatroz ", décembre 1987.
 
Ou encore dans le poème tiré du " Règne de Barbarie " où Laâbi se veut étranger à la culture dominante et rejette les livres, parlant la voix du peuple.
 
" ne me cherchez pas dans vos archives
effrayés par mes dénonciations
je ne suis pas de la nature de l'écrit
cherchez-moi plutôt dans vos entrailles
lorsqu'une cavale de vers
distord vos tripes
cherchez-moi dans l'urine des fièvres
dans le paludisme des ruelles

dans la boue des cataractes
écrasez mes noms interdits
marchez sur les sorts que j'irradie
mais à mon cri
cassez les cruches de miel
égorgez des taureaux noirs sur les seuils des mosquées
nourrissez mille et mille mendiants
alors je viendrai
vous crachez dans la bouche
crever vos tumeurs
expulser vos maux ataviques
encore je vous préfère
en la droiture de vos socs
mes frères aux mains rugueuses
mes frères au sommeil de racines ".
 
A. Laâbi, " Le règne de la barbarie ", Seuil, 1980.
 
Chez Laâbi, nous avons affaire à une poésie qui bouleverse, mais aussi démystifie toute forme de répression et d'aliénation. Il a souligné cette dimension de son écriture, à sa sortie de la " Citadelle d'exil " : " Ma poésie ", écrit-il en 1982, " est une sorte de guerre d'usure contre les limite, les impossibles, ce qu'il y a de figé dans les acquis, contre ce qui mutile et défigure la mission créatrice de l'homme " (Les Nouvelles Littéraires, novembre 1982).
 
On retrouve ces aspects dans l'écriture de poètes comme Nissaboury, Loakira et surtout chez Mohammed Khaïr-Eddine. Ainsi cet extrait de " Nausée noire " :
 
" mon sang noir plus profond dans la terre et dans la chair
du peuple
prêt au combat
mon sang noir contient mille soleils
le sang tragique où le ciel s'entortille
je ne veux plus de couleurs mortes dans les cœurs terrorisés
vous êtes pris
entre moi et mon sang noir
coupables de meurtres tournés
traîtreusement à quelque phase obscure
mon passé se lève aussi
égal à ma
hauteur
foudroyant
pareil au jour qui reparaît
ruisselant d'encres
noires
mon sang noir
sur une colline
je vous traînerai dans la boue faite de mon sang noir
vous et moi
jadis porteurs de mythes
mon sang noir était le lait ardent des mamelles du désert
vous et moi
comme un vent inconciliable
des tonnes de sables
des éternités de
molécules
nous séparent à présent
car je suis le sang noir d'une
terre et d'un peuple sur lesquels vous marchez
il est temps
le temps
où le fleuve crie pour avoir trop porté
comme un serpent noir il
broie roches et cèdres
jusqu'à la mer qui le comprend
debout
présent
ensemble
vous en face des cadavres dont est lourd mon passé
des cadavres
dont les vers ne sont pas desséchés
moi juge pour avoir été victime
car mon sang noir coule dans la terre et au tréfonds du
peuple
seuls témoins
et mon passé surgi du plomb qui l'a brisé ".
 
L'histoire ancienne, les conditions présentes des changements sociaux, le poids des habitudes sclérosées, les antagonismes divers se reflètent au Maroc dans des poèmes douloureux, parfois violents et revendicateurs.
 
Le cri de Rachida Madani rejoint celui d'autres femmes de par le Maghreb et le monde. Elle écrit : " J'ai mal jusqu'à mon ombre projetée / sur l'autre trottoir ".
 
" Me voici à nouveau devant la mer
à fracasser des portes entières contre le roc
à mêler dans le même roulement d'amertume
le sable et la perle
dans les mêmes vagues brûlantes et métalliques
le jasmin de mon enfance et le hibou de l'enfer.
Me voici à nouveau devant la mer, courbée
sous un butin annuel de rancunes
de fatigues
de coqs égorgés pour rien
pour la prospérité d'un turban
qui depuis longtemps n'est
qu'un amas de poussière
ricanant sous la dalle
pendant qu'à l'ombre d'un figuier
femmes et bougies flambent
pour conjurer l'œil
la malchance
et le corbeau du désespoir
 
Pour une amulette moi aussi
j'ai triqué ma dent en or
le henné de mes paumes
et dégrafé mes paupières,
j'ai moi aussi regardé la lune
dans les yeux
en buvant des bols
du verbe liquide, silencieux et noir ?
J'ai suivi moi aussi du regard
les bateaux et les cigognes
qui partaient
mais nous avons toutes attendu
en vain
et en larmes
le père, le bien-aimé
le fils et le frère.
 
Mais la ville ouvre la gueule
de ses prisons
les avale avec son thé
et s'évente.
Mais la ville tire ses couteaux
nous taille un corps sans membres
un visage sans voix
mais la ville…
J'ai mal jusqu'à mon ombre projetée
sur l'autre trottoir
où mes derniers vers s'éparpillent
en petits morceaux de sels opaques
comme des larmes de glace.
Ma tête me retombe sur la poitrine
comme un obus
vu de près, mon cœur est un lac ".
 
Rachida Madani, " Femme je suis ", Inéditions Barbares,1981 (voir également note)
 
Par la suite, la poésie marocaine manifeste un certain désarroi : elle passe par " le chemin des ordalies ", pour reprendre le titre d'un récit de Laâbi.
 
Comment se réenraciner après l'errance ? Où et comment aboutir après l'itinéraire de recherches de l'identité profonde ?
 
Abdeallah Bounfour écrit dans " Atlassiques " : " Toi dont l'errance est infinie / transe de l'histoire à écrire " ou Mohammed Loakira : " Toujours à la recherche de racines / en partance ! ".
 
" Il y a un dépôt de cris
dans ma gorge
une brèche
que je protège
jusqu'à la morgue
un décrit
qui parcourt le revers du moi
sans ménager le non-dit
face à la crainte
à la honte
aux tentations
pour qu'éclatent les contradictions
et voilà qu'éclate ma bouche
par l'enflement du mot interdit ".
Mohammed Loakira, " Chants superposés ", Tanger, Editions Marocaines, 1977.
 
Enfin, Laâbi :
 
" Depuis l'itinéraire
Ce désarroi des racines
Cette fureur de l'identité ".
 
Il faut comprendre le mot " itinéraire " comme étant la traversée, inscrire dans le langage et l'écriture, d'un champ socio-culturel soumis à la " violence ", violence du texte qui, elle, signifie " l'aptitude du texte à transgresser les formes traditionnelles de la littérature, l'aptitude à élaborer une écriture avant-gardiste et à produire ses propres codes de lisibilité et de réceptivité ", suivant la définition de Marc Gontard.
 
" je n'ai jamais cessé de marcher
vers mes racines d'homme
sans sourciers, sans boussole
sauf ma colère puisée dans le poumon du peuple
et les clameurs inédites de l'histoire
sauf mes yeux
n'ayant rien perdu
du désastre des ruelles
et de la rareté du pain
j'avais mal à mes racines
mes yeux
scrutant le cimetière de la horde
l'itinéraire de fulgurances
je n'ai rien perdu, rien omis
des sévices de l'Autre ni des miens
rien, entends-tu
c'était l'ère des grands nomadismes
qu'attisait le soleil noir de l'Agression
J'AVAIS URGENCE DE MA FACE D'HOMME
fou
je reviens de ces rêves
et je marche
d'abord
sur la ville
afin de dresser mon réquisitoire ".
 
A. Laâbi, " L'arbre de fer fleurit ", 1974.
 
" Désarroi " et " fureur " entraînent une poésie de retour sur soir : les poètes recourent à la mémoire, " mémoire tatouée " (suivant l'expression de Khatibi), mais aussi mémoire ancienne, collective, originelle, amnésie, exil, etc. Ces termes reviennent constamment dans nombre de recueils, comme dans cet extrait de " Races " :
 
" […] mais il nous reste la PAROLE Exil de la parole La mémoire terrifiante chevauchant les genèses négatives NOUS NOUS PROCLAMONS DIFFERENTS
D'ABORD
nous émergeons à peine En pleine débâcle La faillite universelle et notre errance ne fait que débuter Car voyez-vous Il ne s'agit pas uniquement de pain et d'usines De travail et de loisirs Il ne s'agit pas uniquement de codes et de frontières Il s'agit que cesse le SCANDALE de l'anonymat
de l'enterrement de l'oppression historique de toute une
RACE
RACE D'ATLANTES
je m'explique
face à face
corps à corps
ne lisez pas
ECOUTEZ ".
 
A. Laâbi, " Races ", in " Le règne de barbarie ", Seuil, 1980).
 
Mostapha Nissaboury par le aussi de " siècles d'errance ", d'" amnésies purulentes " et de " prisonnier d'une histoire avorté ". Ces constats rejoignent le vers du Canadien Gaston Miron (dans " L'homme rapaillé ") : " Nos consciences sont éparpillées dans les débris / de nos miroirs ".
 
Après la violente demande d'être qui caractérise les années 70, on assiste alors, dans la plupart des textes marocains, à un glissement vers une problématique plus personnelle du Moi. En effet, après avoir cherché à s'intégrer dans une identité collective renaissante, le Moi tente aujourd'hui de découvrir ses propres repères. Cette " traque de l'être ", si je puis dire, caractérise la poésie marocaine actuelle, qui est encore une interrogation sur la vie, symbole de liberté et de fraternité, avec une ouverture sur l'autre et dont l'écriture présente un certain nombre de traits qui l'apparentent au courant postmoderne (la poésie est moderne, dans le sens où l'on peut parler de la légère prosaïcité du poème moderne. Le poème moderne est en somme une prose extrêmement mélodieuse et phrasée, une prose en action et non en récit) : c'est ainsi que Laâbi, par exemple ; cherche une issue à " tous les déchirements " (titre de l'un de ses recueils). " Je vous en prie, prenez ma main ", écrit-il, " et confiez-moi enfin votre nom. Soyez mon commensal dans cette célébration lucide de la vie ". Et dans les " Poèmes périssables ", il s'interroge sur lui-même en des textes émouvants :
 
" Tard dans la vie
je pourrai m'absenter sur un banc
la douleur en moins
J'éteindrai le feu
des passions qui ont écourté le voyage
J'arrêterai la litanie
des questions vieilles avec les réponses
Je tatouerai sur ma paume
mon dernier petit poème d'amour
et je m'endormirai
du sommeil délicieux
de l'arbre ".
 
A. Laâbi, " Poèmes périssables ", La Différence, 2000.
 
JE SCRUTE LE CIEL
 
Je scrute le ciel à l'œil nu
et tends l'oreille
Ô vous
des galaxies en fuite
au-delà du trou noir
répondez-moi
Un mot de vous
Et je m'inscrirai
à la prochaine aventure
J'enterrerai ma peur
dans le lourd suaire
de mes manques
 
A. Laâbi, idem.
 
Présence du moi également chez Mohammed Khaïr-Eddine dont le dernier recueil, " Mémorial ", révèle un être en proie au désordre du sens cherchant dans l'écriture poétique une cohérence où inscrire le chaos du monde, une expérience planétaire du désordre, une prise de conscience de l'entropie universelle.
 
Pour signifier ce désordre du monde, Khaïr-Eddine réinvente la vieille allégorie de la danse macabre. La mort mène le monde dans son branle infernal et si Charon " brise une rame à la crête du néant, c'est qu'il n'est pour nous d'autre destin que cet " être pour la mort " dont parle Heidegger dans son " Sein und Zeit " :
 
" La Mort avec ses attributs qui sont la faux et de
squelette ricaneur
s'amuse en tes yeux, peuple
et danse
ainsi que la Tornade
au-delà des balles, des haines et des larmes :
elle ne connaît rien,
aucune liberté,
et pas un oriflamme ;
t'effleure et t'effeuille,
la pulvérise ; elle passe,
passe et repasse,
par ta voix, tes pas, tes amours,
tes joies, tes pleurs, tes terreurs… ".
 
M. Khaïr-Eddine, " Mémorial ", Le Cherche Midi, 2000 (p.26).
 
Impossible de ne pas parler pour conclure de Tahar Ben Jelloun, parfois contesté par la communauté marocaine. Bien connu surtout par ses romans et récits, la poésie a pourtant été première chez Ben Jelloun, née comme chez les autres poètes d'une révolte et d'une colère, aux motifs bien concrets. A cette révolte a succédé une tonalité non pas apaisée mais grave. Le regard s'aiguise ; l'expérience de vivre, sans doute, s'approfondit : " Cette tendresse / Cette lueur et la source / retirée de la nuit / où nulle image n'est vagabonde ".
 
Portant au jour la voix du deuil ou de l'amitié, le poème témoigne d'une intériorité plus grande.
 
" Etranger
prends le temps d'aimer l'arbre
accoude-toi à terre
un cavalier t'apportera de l'eau, du pain,
et des olives amères
c'est le goût de la terre et des semences de la mémoire
c'est l'écorce du pays
et la fin de la légende
ces hommes qui passent n'ont pas de terre
et ces femmes usées
attendent leur part d'eau.
Etranger,
laisse la main dans la terre pourpre
ici
il n'est de solitude que dans la pierre.
 
T. Ben Jelloun, " A l'insu du souvenir ", éditions Maspero, 1980.
 
Poésie marocaine, poésie engagée, militante et respectueuse de la vie, poésie d'une grande densité substantielle, originale et féconde, poésie d'auteurs ayant besoin, pour vivre et créer, du soleil et de l'air, des odeurs et des chants, des hommes et des traditions de leur pays.
 
Ce survol ne m'a pas permis de citer d'autres grands poètes comme Nourreddine Menebhi, Ben Salem Himmich, Saïda Menebhi, Abdallah Bensmaïn, Abderrhaman Benhamza, et bien d'autres. 

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